Jour 198 – Kingdoomed

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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L’excès de confiance en soi est une parure à peine subtile. Peu importe le district habité ou le royaume à conquérir, tous les preux chevaliers ont la monture nerveuse si le moment vient de se prouver. Bâtir son château n’est pas de tout repos et bien que plusieurs écuyers prennent des airs d’empereurs lorsqu’ils sortent à la cour, ils ont du sang de paysan quand ils reviennent en leurs terres. Tous rêvent de velours les doigts sales, l’agriculture plein les ongles. De loin, les apprentis rivent les yeux sur le pont-levis, dans l’attente que l’anxiété s’élève pour que s’abaisse le passage vers la paix : les riches n’ont pas à se soucier de demain et un jour, les pauvres auront la chance, eux aussi, de ne plus vivre dans la nuit.

Jusqu’ici, tout est accordé au masculin, mais les princesses n’échappent pas non plus à l’envie démente d’être des reines. Personne n’est complètement à l’abri des dragons ni ne vient à la rescousse, c’est sauve qui peut si le mal-être déploie ses ailes. L’égoïsme est de mise quand l’on sait que sous les cottes de mailles ou la crinoline se cachent les mêmes brûlures parce qu’il ne faut pas oublier que nous sommes tous la royauté de quelqu’un d’autre. Le statut social et les habits peuvent varier, mais les blessures démontrent les similarités d’être d’une seule et même espace. Derrière les remparts, nul ne converse, ce qui explique les loups dans nos visages, outils primordiaux pour faire croire que ça va bien. Le bal masqué des faux semblants se poursuit.

Autour de la table ronde sociétale, demoiselles et damoiseaux patientent, question de voir qui va craquer en premier et il ne suffit que le fou du roi vienne exécuter son numéro pour déclencher l’ire collective. Cette réaction instantanée est signe que les armures se fissurent parce que l’on ne peut se sentir provoqué que si l’on se reconnaît. Si le chapeau fait, il faut le mettre et comme il est haut de forme, le chagrin d’exister est lourd à porter. Il est préférable de le vêtir en secret pour éviter d’être chassé de la monarchie. L’important n’est pas de se soigner ou d’en parler, c’est de conserver son statut social à tout prix. Messires et altesses déambulent dans les rues coiffés des mêmes inquiétudes, épée de Damoclès invisible et commune, mais se taisent par peur de ne pas être la hauteur.

Depuis que j’ai décidé de débarquer de mes grands chevaux et de tremper ma plume dans l’encre de la vérité pour calligraphier mes états d’âme sur un papyrus à la vue de tous, bien des vicomtes et des impératrices de grand renom sont venus cogner à ma porte sous le couvert de l’anonymat pour m’exprimer qu’ils confessaient être aux prises avec des batailles semblables ou identiques. Des aristocrates que j’estimais inatteignables et qui soulignaient la bravoure de mon épée dans un combat qu’ils partageaient. Sous l’ampleur de la hiérarchie, il est facile d’omettre que le parcours reste le même, que tout l’or du monde n’est pas un bouclier à ce qui ne s’achète pas. Mainenant que j’ai compris cette noble valeur, je reste disponible pour essuyer les larmes royales parce qu’oyé, oyé, tant qu’à expérimenter des guerres similaires, aussi bien combattre ensemble, mal accompagnés dans la sincérité, que seuls, déguisés d’un besoin de plaire mal placé.