Jour 201 – Fortune Cookie

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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La recette avance et le mélange commence à prendre. Là où j’en suis, c’est d’avoir la profonde conviction qu’elle n’était pas la bonne. D’y croire fermement. Je ne m’accroche plus à collationner une saveur qui s’est elle-même périmée. La date de péremption n’est pas l’affaire de l’un ou l’autre des partenaires. C’est terminé de penser que je l’ai perdu. Elle est passée, nous nous sommes savourés et elle est repartie. Nous n’étions pas destinés. Nous ne l’étions pas pour plusieurs raisons qui sont devenues très claires. Les ingrédients doivent être complémentaires. C’est pourquoi ça ne sert à rien de s’acharner à se salir la vaisselle. Il est venu le moment de puiser, d’apprendre. Il faut continuer de se rincer. Le positif commence. Il est ce qui s’en vient. Les rôles sont inversés : elle cuisine pendant que je me savonne. Bientôt, je serai propre d’elle.

Maintenant que la minuterie, réglée au départ à 365, approche plus de la fin que du début, je ne te servirai plus le même brûlé que tu t’efforces d’avaler pour me faire plaisir. Le biscuit que l’on va partager en est un où les pépites, explosives, seront des étincelles négatives, furtives, mais le reste, des bouchées sucrées de rédemption que je te ferai goûter. Peut-être que certaines auront des douleurs plus prononcées que les autres, que l’on va croquer plusieurs malheurs successifs sauf que dans l’ensemble, je te promets plus de desserts que d’amertume. Les messages que je vais cacher sous les couches de pâte sont empreints de croyances nouvelles, d’une cuisson chaleureuse dans un four où je m’enferme à nouveau, que la rupture avait débranché pour m’empêcher de nous réchauffer. Le printemps arrive, ça sent les viennoiseries et j’empoigne le rouleau pour te pétrir de jours plus heureux.

Gourmand, j’ai le chocolat qui souhaite fleurir dans des arbres de chocolatines prêtes à être cueillies parce que je suis définitivement mûr pour attraper la diabète de trop de pâtisseries mangées à deux. Après avoir pleuré le trop plein de la peine insuline, j’en ai fini avec l’aspartame. Je ne déguste que le vrai, le beau. Que l’on me gave de l’intensité en confiture, que l’on me tartine de lyrisme d’arachides, je veux couler comme le caramel chaud, fondre mon corps avec un autre dans des mouvements Oreo. Deux êtres en fonction, si complémentaires que le beigne ne se troue jamais, plein en son centre, toujours frais. À sans cesse recommencer, sans trop s’arrêter, ne plus regarder les instructions parce qu’on connaît les quantités. Homogène, je suis l’homme au pain d’épice qui veut recevoir dans sa maison aux murs mangeables, où tout se consomme. Viens, nous jouerons et nous serons Hansel et Gretel qui ne s’échappent pas, les sorcières et les enfants à la fois, à se baigner dans la marmite de nos ébats. Ensuite, c’est la fin : se dévorer mutuellement pour mieux mourir, confortablement aux creux du bas du ventre de l’autre, repus.

C’est écrit partout, mais j’ai faim. Pas toi?