Jour 203 – Fuck You

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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C’est la fête des mères. Ma plume n’a pas oublié. Pour être franc, ce texte n’était pas prévu. Il est né la journée même comparativement à d’autres déjà vieux de 7 jours au moment de la parution. C’est positif parce qu’il est frais de ce que je souhaite te partager aujourd’hui. Le défi est de trouver les mots pour exprimer l’inexplicable relation mère-fils, ce complexe dOedipe qui, heureusement, évolue. Ils ne sont pas tous dignes et n’existent pas que pour une date précise où les festivités ne sont qu’une raison pour souligner, une autre parure pour vendre des fleurs alors que le jardin est quotidien. Tantôt, quand j’ai décidé que le plus beau cadeau que je pouvais t’offrir était de te dédier le Jour 203 du projet, je cherchais, en revenant vers ta maison depuis longtemps et la mienne de toujours, l’idée pour que ma prose soit à la hauteur de la vie que tu m’as offerte. Quelques brèches potentielles, mais aucune qui puisse n’être ne serait-ce que convenable. Le plus proche que j’avais d’une poésie respectable était d’être le plus franc possible et ça passait par l’humour, par te remercier d’avoir accepté d’être la victime du sacrifice ultime, c’est-à-dire d’être d’avoir été la source de l’expulsion d’une aussi grosse tête que la mienne, au sens figuré et surtout propre. Dans des circonstances plus sombres, tu avoues toi-même qu’il s’agit de l’instant le plus… déchirant de ta vie. C’est ce que j’avais trouvé et bien que ça démontre la nature humoristique et corrosive de notre lien, ce n’était pas assez. Le hasard est une bien drôle de bête. Toujours dans l’auto, en route vers notre domicile, le moment s’est présenté de lui-même, parfait, pour tout décrire sans avoir besoin de trop essayer.

À peu près stationné au même endroit, de l’autre côté de la rue, en face de l’aréna, ironiquement sur le terrain où l’ancienne Maison des Jeunes, brûlée l’été passé, était, j’ai le choix entre deux itinéraires pour me rendre à destination lorsque je reviens du gym. À gauche, un peu excentré, mais où le trafic est moins dense, ou à droite, plus direct. Comme j’avais peu de temps, je me suis instinctivement dirigé vers le plus court. Immédiatement en tournant le coin, sur le trottoir devant mon ancienne école primaire, je distingue deux silhouettes. Une plus petite et l’autre à peine plus grande. Aux premiers pas, j’ai reconnu les deux femmes, que j’aurais pu distinguées par la démarche parmi mille, qui se déplaçaient en sens contraire du mien : c’était ma sœur et toi. Nous allions inévitablement nous croiser. Sans trop savoir où vous alliez, j’ai su spontanément ce que j’allais faire lorsque je serais rendu à votre hauteur, quelques secondes plus tard. La main sur la mécanisme pour ouvrir la fenêtre, j’ai actionné sa descente jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement dans la fente. Arrivé à l’intersection et après un stop à l’américaine, j’ai vu dans vos regards respectifs, que je pouvais maintenant devinés par la proximité, que vous m’aviez reconnu. Vous avez commencé à sourire et avant que vous aillez le temps de dire ou faire quoi que ce soit, j’ai sorti le bras au complet, jusqu’à l’aisselle, en continuant de rouler, le doigt d’honneur, bien franc, à votre intention. Devant un geste reconnu pour sa vulgarité et son manque de classe, vous avez éclaté de rire et comme des enfants dont les majeurs sont des fusils à l’eau, vous m’avez mitraillé des deux mains. Vaincu et trempé de complicité, j’ai poursuivi la distance restante, convaincu que c’est ce que j’allais présenter comme hommage à la famille dysfonctionnelle, mais unie, que tu as construite avec papa, que tu continues de tenir à bout de bras, de doigts du milieu, seule, pour le bien de tes deux enfants légitimes et des autres, illégitimes, dont tu t’improvises mère à temps partiel. Loin d’être jaloux, j’adopte ton amour d’une famille élargie et je resterai toujours le premier pour qui tu as… déchiré.

Je pense qu’il n’y a rien à ajouter.