Jour 204 – Relapse

365 jours de peine d'amour

La neige fond plus lentement qu’ailleurs en Abitibi-Témiscamingue. Les médias en ont fait tout un plat sur les différentes plate-formes lors des derniers jours. Pour cause : la folklorique bordée de mai est tombée pour signifier, en trombe, l’arrivée du printemps. Pas trop précoce, il est une pluie juste assez chaude pour éliminer les dernières traces de l’hiver alors que partout en province, le mercure au-dessus de zéro relègue l’hivernage aux oubliettes. La météo est habituellement le sujet de prédilection pour marquer une conversation peu inspirée. Cette fois, ce n’est pas que je n’ai rien à dire. C’est seulement qu’elle est en étrange corrélation avec mes émotions.

Peu à peu, il est vrai que j’en oublie notre saison et que les glaciers de ta perte n’ont plus la même ampleur. D’une taille gigantesque quand tu es partie, ils se remarquent à peine quand on regarde droit devant, vers un horizon où tu n’es plus à perte de vue. Entre Montréal et Amos, je ne t’aperçois pas, pesante sur chaque branche de chaque arbre, couchée sur l’immensité des rochers ou étendue sur les plaines comme une couverture suffocante. Tu as commencé à disparaître il y a quelques mois déjà, mais comme je viens du Nord, je te garde plus longtemps que les amoureux qui sont originaires du Sud : ici, quand la température ne permet pas la chaleur, on se réchauffe de nostalgie. Comme une fine couche de givre sur un lac presque prêt à m’accueillir le corps en entier, tu es tenace de ta présence, résolue à me maintenir à la surface de ton emprise, à me retenir dans la polarité de nos souvenirs. Gelé, il était plus facile de t’oublier, concentré à survivre, mais dans la fonte, j’ai des effluves de nous. Dans le changement du frimas à la flore, je me surprends à avoir le cœur qui refuse de fleurir, de s’extirper de cette cime où il est emprisonné, au loin. Convaincu d’être en sécurité en région, je comprends que les écarts au thermomètre ne s’appliquent pas aux changements climatiques de l’âme, que la géographie n’existe que sur les cartes. Déboussolé, je ne peux qu’être patient de savoir que les aimants ne s’attirent pas pour toujours, que notre champ magnétique est une distance à nos deux pôles opposés.

Maintenant que je sais qu’on ne se débarrasse pas de Dame Nature aussi facilement, je te laisse me congeler une dernière fois, dans une ultime tentative d’être la nordicité éternelle, mais peu importe ce que disent les prévisions, mon cœur, dans ses pertes de direction, n’est pas menacé d’extinction.