Jour 206 – L’inverse du culte

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Depuis le début, j’ouvre les valves de mon romantisme sans compromis. Dans toute l’envergure de mes envies, je comprends que je suis une contradiction, que mes souhaits sont dans la mesure où la vie serait continuellement optimale. Elle ne l’est pas. C’est pourquoi ce que j’expose comme ma vision de la relation à deux apparaît comme plus grande que nature, voire presque inatteignable. Imbibée de l’art et de rares exemples de succès, cette conception, bien que désirée, se prouve de plus en plus désuète et je pense que je refuse de me l’avouer, ce qui peut, à première vue, être honorable de ma part, mais en allant à l’encontre des tendances amoureuses dans mon évocation des unions qui ne meurent jamais, synonymes de jadis, je me heurte à devenir un cliché. La solution n’est pas d’abandonner. Définitivement, elle se trouve dans la nuance.

Déjà, dans l’imagination d’une passion tempérée, j’expérimente une forme de déception. Pourquoi chercher à contrôler l’incontrôlable? Pourquoi vouloir et demander moins que l’entièreté? L’intensité est à double-tranchant. Je l’accepte déjà. Je m’y voue et je suis aux faits que la coupure est possible, au même titre que la galvanisante possession. Ce que je m’explique mal, c’est cette impression d’être devenu la mascotte d’une vision de l’amour complètement catho, un pastiche d’une moitié du couple véhiculé par les idées de la Trinité. À écrire chaque jour sur les joies et les caprices du concubinage sous les termes des liens sacrés du mariage, je prêche. Ici n’est pas une messe et il vaut mieux que je commette le péché d’en parler avant que ça ne le devienne. L’attirance n’est pas une formule que l’on récite, le partenaire une doctrine que l’on s’impose. Ce que je n’ai jamais su dire, c’est que l’autre ne doit pas être une cathédrale où venir s’asseoir pour réciter et être rassuré. Il est une audace que l’on s’octroie, avec qui l’on se donne la chance et le droit de partager la liberté, celle qui est commune.

Se contredire est un signe d’amélioration. J’assume de ne plus savoir, d’avoir trop exploré. À force d’essayer d’analyser, je me suis perdu. L’amour n’a pas de définition. Du moins, il ne peut se décrire dans la précision. C’est mon erreur. C’est déjà assuré que je la commettrai de nouveau, dans la quête de devoir dire. Il reste que j’ai trouvé une partie de ce que je cherchais. L’amour n’a pas besoin d’une définition parce que pour être vécu, il n’a pas besoin d’être expliqué. Quand il part, il est normal de chercher des réponses. Maintenant qu’il est à venir, je n’ai plus à l’imager. Je n’ai qu’à l’attendre. À moitié, qu’il me surprenne un peu. À ce moment-là, je ne pourrai pas l’écrire complètement. J’essaierai, mais sans réussir. C’est un échec connu d’avance et c’est correct que ce soit comme ça parce que l’amour ne se dit pas, il se ressent.