Jour 207 – Les contrastes tièdes

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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« Few people have the imagination for reality. »

  • Johann Wolfgang von Goethe

Certaines situations ne peuvent s’inventer.

Quelque part dans le passé

Mon monde ne fait que s’écrouler depuis quelques mois, mais c’est sur le point de se terminer. Les rêves de la retrouver se sont enfin estompés parce qu’elle est revenue. Comme par magie, j’ai appliqué la technique de me détacher, non sans peine, pour qu’elle décide de vouloir encore de moi. La présence de son nouvel ami m’agace. Je ne peux rien dire : j’ai moi-même eu quelques « amies ». Je suis jeune et je veux vivre. C’est dans les nombreux essais et l’expérimentation que j’étanche ma soif d’un vécu plus riche. Après tout, pourquoi être en couple, séparés par une aussi grande distance pendant plus de la moitié de l’année? La réponse m’apprend que la jalousie a deux visages. Elle est égoïste, dévore ce qu’elle attaque, mais épargne sa source. J’ai été longtemps à ne pas m’en faire, à ne pas la prendre en considération dans ma philosophie qui n’était qu’un manque de maturité maintenant évident. Quand j’ai été du mauvais côté de sa violence, sous son emprise, elle m’a dévasté. Jusqu’à ce que je décide que j’étais encore jeune et que je voulais continuer de vivre.

Son rejet, sa nouvelle amitié et l’énergie grugée par l’infini chagrin gâchent tout de mon existence. Ma solution? Me permettre aussi de nouvelles aventures. C’est probablement ce tonus renouvelé qui ravive sa flamme à mon égard. Mi-chaud, mi-froid depuis quelques mois, elle décide qu’elle veut réessayer parce que l’amour est encore présent même si nous l’avons fortement écorché. Entretemps, j’ai embrassé quelqu’un d’autre. Énormément. Des ébats. En gardant les vêtements, les langues et les bouches seulement, mais d’un désir torride qui dépasse l’entendement. Dans son retour, elle veut savoir si quelqu’un s’est faufilé entre elle et moi pendant la pause. Elle exige la vérité. Je lui mens. Je suis jeune, je veux vivre et je n’ai pas de courage. Mentir est plus facile que d’affronter sa réaction. Je lui retourne la question. Elle non plus, ce qui me conforte d’être faux, à mi-chemin avec la culpabilité d’être un charlatan alors qu’elle est si sainte, toujours sincère. Ça, c’est ce que je pensais d’elle à l’époque. J’ai appris plus tôt cette année qu’elle m’avait probablement menti elle aussi. Tout finit par se savoir, même presque dix ans plus tard. Nous étions jeunes, menteurs et avions seulement envie de vivre. De retour à l’histoire : elle en vient à me croire. Dans le tiraillement entre le soulagement et la saleté d’être une si mauvaise personne, mon esprit demande à être lavé. Sans le savoir, complice de l’ironie de la situation, je décide d’aller prendre une douche.

L’erreur a été de laisser mon cellulaire à la vue de tous, hors de la salle de bain. L’insouciance à l’état pur, la naïveté du criminel qui commet ses premières frasques, peu importe, elle trouve une conversation où j’avoue être coupable. Sous l’eau chaude, je ne me doute de rien quand elle entre. Dans la juvénilité d’être pleinement à toute heure du jour et de la nuit, je pense qu’elle vient peut-être me rejoindre. Pire, j »envisage que l’on puisse faire l’amour. C’est tout le contraire qui se produit, nous sommes sur le point de faire la haine. Sans trop s’annoncer, elle tire sur le rideau. L’eau coule du pommeau, à moitié dans le bain et l’autre sur le plancher. De grandes chutes que je ne remarque pas, stupéfait de la voir vêtue de son manteau. Je ne réagis que lorsque je remarque mon téléphone dans sa main. Je sais ce qui s’en vient. C’est effectivement venu. La chicane démarre. Tout ce qui n’a pas besoin d’être énoncé. Entre mes arguments pour essayer de me sauver la face, de pouvoir continuer de nier l’évidence, la contradiction m’apparaît. Devant, à quelques centimètres, l’un des amours marquants de ma vie qui menace de me quitter, les deux pieds dans le déluge, complètement habillée alors que je suis là, debout, dans l’eau chaude au sens propre comme figuré, à débattre maladroitement pour éviter d’être accusé d’adultère, nu comme un ver, le pénis qui bondit au rythme endiablé d’une altercation sérieuse. À chacun de mes gestes pour contrecarrer les critiques et pour épargner notre relation, mon sexe à découvert, en pleine liberté. se balance dans tous les sens comme un enfant qui n’est pas au courant que papa et maman sont en train de divorcer. Immédiatement, au milieu de l’une de ses phrases, j’éclate de rire. Comme le ridicule ne tue pas, mais que notre union, elle, est en train de mourir, je compte sur mon phallus en cavale pour détendre l’atmosphère. Peu importe ce que je dis pour m’expliquer, elle ne rit pas. Quelques minutes plus tard, elle me laisse.

Définitivement, nous n’étions plus au même endroit.