Jour 210 – Enzo

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Ce n’est pas encore très concret et c’est quand tu verras le jour que l’on pourra pleinement te vivre, mais mon filleul, c’est ton parrain qui t’écrit par le biais d’un projet sur la rupture, 365 jours de peine d’amour, alors qu’entre nous deux, l’amour ne fait que commencer, le mien à ton égard étant déjà du domaine de l’inconditionnel. C’est simple, tu n’es même pas parmi nous que je le ressens déjà. Ton père, c’est mon frère et ta mère… c’est ta mère! Il ne te faudra pas une éternité pour comprendre cette dernière phrase. Au départ, sache qu’elle ne m’aimait pas et qu’elle me trouve encore physiquement laid alors je compte sur toi pour trancher dans un futur plus ou moins rapproché, quitte à ce que ta franchise d’enfant m’entache l’estime. Blague à part, je suis attaché par bien plus puissant que le sang à ton papa et ta maman s’est greffée à tout ça pour maintenant être presque partie prenante du vieux couple que je forme avec ma plus vieille amitié. C’est la raison qui justifie ce texte à ton endroit. D’ailleurs, ce n’est pas le premier écrit ici qui te concerne. Un jour, tu sauras peut-être. Pour l’instant, il faut que je te peigne ce dans quoi tu t’en viens.

Au moment où naissent ces quelques lignes, nous ne nous parlons pas, ton géniteur et moi. Depuis deux jours, même si nous sommes meilleurs amis depuis vingt-trois ans, rien. Ce n’est pas parce que nous ne nous voyons pas. Au contraire, je me suis retrouvé au même endroit que lui dans les deux dernières heures. Hier c’était le même manège. Aucun mot, aucune conversation, pas même des salutations. L’un comme l’autre, nous savons que l’autre est là et pourtant… rien. C’est tout sauf normal, mais ce l’est pour nous. La semaine dernière, c’était pareil et quand est venu le week-end, nous avons ri comme jamais. C’est comme si nous avions besoin de temps où nous ne sommes pas dans l’intensité du lien qui nous unit et même après autant d’années, le retour se fait progressivement, en s’apprivoisant. C’était pire avant. Au-delà de cette théorie, je pense que je l’énerve, aussi, mais c’est normal et peut-être bien que tu le comprendras, à force de vieillir avec ce que je suis à tes côtés. C’est une relation amour-haine, que disaient nos mères. Elles le pensent sûrement encore. Ce n’est pas faux. Ton père a le pouvoir de faire de moi la personne la plus heureuse au monde. L’inverse est aussi vrai. Ta mère se glisse quelque part entre les deux, à tempérer, écouter, chialer, se choquer, désespérer, conseiller. Avec un peu de chance, ta venue, ajoutée à la maturité des années qui passent, agira comme tampon et cette période sera pour toi une légende urbaine. Sinon, c’est divertissant pour les autres, tu verras.

Ce texte n’était pas terminé d’être écrit au moment de sa publication. La raison est simple : plutôt que de poursuivre sa rédaction, j’ai passé du temps avec ton père pour sa fête. Une soirée à la hauteur de ce que nous sommes. Avec ta mère et ta marraine aussi. Aujourd’hui, je ne peux même pas le continuer, nous allons tous ensemble souligner ton imminente venue. Tu verras. Il n’en tient qu’à toi d’arriver. Nous sommes prêts. En d’autres mots, c’est l’amitié, la nôtre qui se continue. Tout de nous est inachevé, imparfait. Toi aussi.

Tu n’es pas encore né que tu es un texte sans fin.