Jour 211 – post-trauma

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Je suis prêt à être conquis. Retranché dans mes quartiers depuis que j’ai été atteint par l’obus d’une relation explosée, je capitule et je cesse de combattre. Que l’on foule mes terres et que l’on me capture, j’ai le goût de ne plus m’appartenir, d’être le prisonnier volontaire qui n’a plus la mine basse. Tout autour dorment les cadavres des Jour qui passent et je reste encore debout, dans l’insomnie de tuer le prochain et surtout, dans l’envie que se pointe une armée complète pour vaincre ce qui résiste à l’être. La guerre est presque terminée que j’en souhaite une autre, la douce et lente agonie d’un rixe en tandem où je ne dicte plus rien. Les armes baissées, j’attends à cœur ouvert d’être empalé par la pointe d’une passion à poindre et je me prépare à feindre une faible défense parce qu’il n’y a pas de gloire à séduire ce qui est déjà mort. Encore debout, je trépigne en vue de la chute future; mes deux genoux sont impatients de prendre la relève des pieds meurtris qui me soutiennent dans l’attente d’aller mieux. Après la longue nuit de plusieurs Jour à survivre, c’est à mon corps de se coucher pour en faire lever de nouveaux, dans l’éphémère du repos d’être à autrui.

Rebâtir le village de mon estime personnelle a été une entreprise éreintante et j’ai besoin que l’on me gouverne pendant un temps. Souverain de moi-même pour toujours, je veux une lutte au pouvoir où je suis toujours majoritaire, mais où une destitution temporaire est inévitable. Dans le jeu du chat et de la souris, je souhaite être la prise de quelqu’un d’autre, être attrapé après une course perdue volontairement et ne plus me soucier d’éviter des griffes que je connais, qui me lacèrent en toute confiance. Dans le ventre de mon éventuel prédateur se trouve mon nid à venir, un gîte pour m’endormir à l’abri de tout sauf de lui et quand je m’éveillerai de l’attention récupératrice, je compte grimper vers la gorge pour que ce soit plus facile pour lui de me cracher, mauvais poil qui recommence du bon pied, vers notre vie équilibrée.

Ce n’est pas toujours bon de dépendre de l’autre, mais il m’est nécessaire de perdre le contrôle de ce que je m’efforce de régir parce que je n’en peux plus de construire sans être habité. Les lois, même les miennes, sont faites pour être transgressées et il est impératif que l’on contre-balance la sagesse que je gagne dans la réflexion depuis le début. Dans le vandalisme connu et attendu du trop propre en ma personne se trouve cet affront à la nécessité de perfection que j’essaie d’atteindre, qui est exigée de nous tous. Tout de mon corps, mon cœur et mon âme est un canevas où venir saigner est fortement suggéré pour que je puisse être un graffiti plutôt qu’un exercice de style. De plus en plus une plaine lisse, je demande que l’on me piétine et que l’on me pleure dessus, que je devienne un relief où le terrain plat se mélange maladroitement avec les traces dans la boue de ceux qui me marchent. Après des mois à être le soldat, je suis maintenant le champ de bataille et dans un cas comme dans l’autre, je ne souhaite que servir.