Jour 230 – Trouver sa plage

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Ce n’est pas un texte sur la puissance des slogans en publicité. Si tu suis un tant soit peu 365 jours de peine d’amour depuis le début, tu sais que l’inspiration est partout. Aujourd’hui, je déjoue la mécanique. Je t’écris sur mon expérience dans le présent plutôt qu’avec un peu d’avance. Ce que tu lis, c’est ma réflexion en temps réel parce que ma journée est riche. Elle est pourtant toute simple et c’est ce que je souhaite expliquer, que la richesse se cache bien loin de l’argent et que bien que la pauvreté du compte en banque puisse demander quelques sacrifices ou privations, elles ne sont rien comparées à la détresse psychologique ou corporelle.

Depuis le Jour 1, plusieurs indices peuvent te permettre de compléter le casse-tête de mon existence, qu’il soit passé ou présent. Ce que tu sais de ce que je suis, c’est que j’ai été rejeté et que de là découlent le célibat, le retour en région, la colocation avec ma mère et des emplois plus ou moins nommés clairement. Le principal, c’est que je travaille quelques heures par semaine à la Maison des Jeunes d’Amos. Dans la volonté de guérir, c’était parfait : rien de trop demandant qui était, à la base, la source d’un revenu pour quelques dépenses obligatoires, mais qui s’est avéré être un contact valorisant avec la jeunesse.

En ce samedi, c’est exactement à cet endroit que je suis tombé sur un article de Radio-Canada, tiré de l’émission de radio Médium Large de mercredi dernier, intitulé : « Ils refusent de mettre le travail au centre de leur vie ». Grâce au relais d’une amie Facebook, j’ai pu entendre quatre témoignages de gens qui, comme l’exprime le titre, ont décidé de ne pas être esclaves de la carrière et j’ai compris que c’est ce que je vivais aussi : moins d’heures au salaire minimum pour me concentrer à la thérapie par l’écriture. Dans les histoires racontées, l’une d’un homme qui a quitté le milieu des affaires pour être conteur en Gaspésie. Vivre de l’art n’est pas facile, mais mourir sans est encore pire. C’est ce que ma propre expérience indique. L’an dernier, j’étais titulaire d’un poste où l’horaire était atroce, mais où les avantages sociaux et la rémunération étaient plus que compétitifs et je m’étais résolu à étouffer mes pulsions artistiques et ma passion pour la création dans le but d’enfin être ce que la société attendait de moi. Le résultat, c’est que j’étais malheureux, dépressif, en mauvaise condition physique et que je m’évadais, à l’aide de finances qui étaient, elles, en santé, dans tout ce qui me permettait d’oublier ce que je devenais. Inutile de se demander d’où viennent les raisons derrière les événements qui sont tributaires de la naissance de ce projet.

Il reste que lorsque j’ai ouvert la page que me suggérait la connaissance en question, j’étais en proie à la culpabilité d’avoir pris du retard dans les écrits. Après, j’ai compris le luxe que j’avais et plutôt que de succomber à la pression de devoir produire, j’ai enfilé les Croc’s roses de ma mère que je m’étais promis de ne plus jamais mettre dans « les souhaits hors de contrôle » du Jour 74, des lunettes de soleil plus décentes que les dites sandales et je suis sorti pour jouer au basketball. Avec les chocs du ballon sur le sol comme un métronome, j’ai apprécié la chance que j’avais d’avoir pu faire le choix d’être heureux. À 28 ans, en meilleure santé mentale et plus en forme que jamais, je n’ai pas énormément de capital, ni de possession, mais je peux dire sans me tromper que j’ai déniché, l’espace d’une année, la recette du bonheur.

Tout ça, en étant même payé pour le faire.