Jour 255 – Touché coulé

365 jours de peine d'amour

Une amie s’est inscrite à Tinder. C’est loin d’être un événement, mais pourtant, ce l’est. Il faut dire que je l’admire parce qu’elle se tient loin des réseaux sociaux. Un Facebook où il n’y a qu’une seule photo de profil que l’on ne peut aimer ou commenter, peu alimenté et qui ne sert qu’à communiquer parce que c’est devenu la base d’avoir son empreinte dans la grande communauté pour pouvoir avoir accès au monde. Pas d’Instagram, de Snapchat, ni de Twitter. Hier, ce message texte. Un simple texto où elle se trahit. Une photo de mon propre profil sur l’application que j’avais téléchargé pour essayer d’en faire un texte ici. Un véritable fiasco, l’expérience n’a duré que deux heures et le Jour 47 en est né. Semblerait-il qu’il est encore possible de m’y trouver.

Cette fois, je suis retourné sur Tinder pour avoir la confirmation de ce que je ne croyais pas possible. Après avoir glissé des clichés sans les regarder, j’ai trouvé ce que je cherchais et le choc a été encore plus grand que je ne le pensais. Devant moi, cette preuve que nous sommes tous les mêmes. Cette amie, que je respecte encore, en chair et en pixels avec le nom et l’âge, qui avait succombé, prête à être la proie de la superficialité et de discussions souvent peu inspirées. Encore ébranlé, je devais demander pourquoi et c’est ce que j’ai fait. « Par curiosité », qu’elle a répondu, mais « c’est vraiment n’importe quoi » qu’elle a enchaîné, comme pour se déculpabiliser d’avoir flanché. Le pire, c’est qu’elle a raison : c’est vraiment n’importe quoi. Il reste que c’est cette vacuité attirante par sa facilité de ne pas avoir à peiner pour y avoir accès. Quelques clics, des téléchargements, un peu d’imagination et la ligne est à l’eau.

Ce serait de mentir que de dire que nous sommes tous dans le même bateau. Il n’y a rien de la collectivité dans nos travers communs. C’est plus juste de tristement illustrer que nous voguons sur le même lac dans nos chaloupes respectives à la recherche d’embarcations plus larges et confortables à partager. Depuis le début, je te propose de bâtir une arche alors que l’on pagaie en sens inverse. Ensuite, cette tente que nous avons monté à moitié où nous ne dormons jamais en même temps, où tu écoutes mes songes l’oreille déjà ailleurs. Finalement, viennent les fondations des forêts décimées, la pollution d’une montagne dont on ne voit jamais le sommet et les raccourcis de rencontre qui sont si tentants que même les plus forts d’entre nous ne peuvent résister. Il faut s’élever, mais nous sommes damnés.

À quoi bon continuer si c’est toujours vers le bas?