Jour 261 – Far From Home : La Belgique

365 jours de peine d'amour

Les voyages forment la jeunesse comme ils détruisent les couples. Vus comme un test, il est plus fréquent que ça casse que ça passe. Le dépaysement extirpe du quotidien et ce n’est pas tout le monde qui partage les mêmes réactions lorsque confronté à l’extraordinaire. C’est choquant. Beau parfois, laid sinon. Positif comme négatif. Chacun prend position et il ne reste qu’à voir les identités qui se révèlent. De l’aéroport jusqu’à y revenir, c’est plus qu’un périple physique qui se déroule; c’est une aventure pour les âmes qui s’amorcent. En un mois, de l’embarquement au départ jusqu’à celui de retour, c’est une métamorphose complète que nous avons vécu. D’un couple qui se pensait somme toute solide à un amour rafistolé in extremis qui ne passera même pas la prochaine année. Ce n’était pas toi, mais l’autre d’avant. Le point commun que vous aviez est pourtant bien le même : les deux unions n’ont pas survécu.

La photo d’elle et moi à la gare de Bruxelles, dans l’attente d’un tramway, marque le commencement de la déchéance. Prise sur la fausseté d’un vif fabriqué, elle montre deux amoureux qui ne savent pas, qui sourient de se voir découvrir le monde ensemble. Si c’était possible d’entendre l’ambiance sonore, un son en sourdine pourrait être décelé : cette faible aiguille qui bat la mesure avec toute la puissance d’un décompte vers l’explosion. Une déflagration aux apparences accueillantes vers laquelle nous nous sommes dirigés dans le consentement d’avoir l’opportunité de pratiquer le théâtre outre-mer. Le petit train, embarcation nous menant au centre-ville de la capitale de la Belgique, mais aussi vers les fondations de notre séparation, est arrivé. Les portes se sont ouvertes, nous sommes entrés et les deux complices immortalisés par son appareil ne sont jamais revenus. De juillet à août, le portrait allait être complètement différent.

Du stage aux émotions fortes allant jusqu’à l’appartement-mezzanine, passant par les erreurs de communication et les soirées trop enivrées, marquant les mots de trop et les discussions fatales, accompagnés des nombreuses bières belges, des bouteilles de vin à deux euros, des frites grasses aux mayonnaises infinies, du parc Forest, de la casquette perdue, de la fuite de la police, du frisbee, de la musique, de la lumière qui ne se couche jamais et de la découverte de mon endroit préféré sur la planète, repère que je n’allais vivre et voir qu’une seule fois, sans elle, c’est la Belgique en deux temps, avec l’Espagne entre les séjours, qui a été le début de notre fin.