Jour 295 – Continuer de remédier

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Le défi de vivre se trouve dans la fin. Chaque moment, événement, période est destiné à éventuellement se terminer parce que l’éternité est un dérivé de l’illusion, un concept pour éviter la panique générale, une histoire racontée pour permettre aux enfants que nous sommes de dormir sous un semblant de paix. C’est simple, tout le monde souhaite être rassuré, donc chaque problème cache son invention. Voilà probablement mourir est une terreur commune, cette nuit célibataire qui ne verra jamais le jour. Présentement, autour de moi, crèvent plusieurs béquilles qui me permettaient d’avancer. D’autres supports viendront à terme bientôt. Ils sont encore là, mais de connaître leur date d’expiration me plonge dans l’impression de regarder un couché de soleil qui sent mauvais. Présager n’est jamais la meilleure option, mais j’ai les sens qui se rebellent et qui décident à ma place de prévoir et de ne pas guérir.

Au centre de toutes les pensées, il y a toi que j’essaie de satisfaire, de combler, de nourrir, de renouveler, de ne pas décevoir. Il y garder la forme, bien manger, dormir assez. Il y a les responsabilités, le bonheur à rattraper, la déprime à chasser. Il y a les justifications, les malentendus, les règles à suivre. Il y a des appels à faire, des paiements qui traînent, un budget à gérer. Il y a les compromis, les contradictions, les envies. Il y a le sexe, la faim, la soif. Il y a les privations, le laisser-aller, la culpabilité. Il y a les mauvaises nouvelles à la télé, sur le web, en direct. Il y a plus que moi, à mes côtés, dans le monde. Il y a de ne plus vouloir se lever, aller travailler, écrire. Il y a de ne plus vouloir de rien, de tout, du tout. Il y a la lumière, la pénombre, la noirceur. Il y a hier, aujourd’hui, demain. Il y a le passé encore là, le présent pas assez, le futur incertain. Il y a ma personne que j’aime, parfois pas, les autres que j’aime trop. Et il y a la vie, qui continue, sans donner le choix. Alors, j’embarque, j’y vais et j’essaie.

Ce soir, je mange des chips pour souper.