Jour 296 – Les apparitions incontrôlables

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Les fantômes ont un don pour se faire pardonner leurs frasques passées, mais ils ne s’empêchent pas de se manifester pour autant : ce n’est pas parce que je ne t’en veux plus que je t’oublie. Si toute cette aventure se veut être une tentative d’exorcisme, soit c’est ratée, soit il faut attendre à la fin pour que le démon hante ailleurs. Question d’être poli avec les occupants de cette demeure où tu loges depuis le tout début, il faut s’excuser à ceux qui croyaient que nous allions changer de sujet, passer à un autre appel ou fouetter d’autres chats parce que je savais moi-même que tu allais revenir. Sans contredit, cette fois, tu t’es surpassée. Il ne fallait qu’un documentaire avec un propos bien loin de nous, mais qui mentionne le nom d’un pays où nous n’avons été de passage qu’en transit pour qu’une anecdote me revienne.

C’était à la fin d’une nuit d’hiver, après février et assurément avant la venue d’avril. La raison de la précision de ma maîtrise de notre calendrier de couple est simple : nous avions notre appartement, vide. Comme nos horaires ne concordaient plus, mais que l’amour était toujours aligné, tous les instants étaient bons pour se voir un peu. Cette fois, nous avions usé de romantisme pour se donner rendez-vous. Quand je t’avais rejointe au bercail, après m’être libéré des chaînes du travail et de l’esclavage des transports en commun, nous nous étions assis sur le sol, faute d’avoir mieux, tout près de la grande fenêtre du salon qui laissait entrer la paradoxale lumière de la nocturne obscurité, l’étrange, mais réconfortant, résultat entre le croisement des rayons des lampadaires qui s’accouplent d’une seule pénétration avec les cristaux de la neige, couchée, prête à être prise, sur le sol. Avec un festin gracieuseté d’une multinationale provinciale, nous avons pique-niqué avant que tu partes toi-même dans les méandres d’un emploi qui te plaisait bien plus que le mien pouvait me convenir. Dans le confort de ce que nous rêvions de partager, nous étions là à essayer d’apprivoiser la vie à deux, que n’avons pas réussi à dompter même si l’avions bel et bien capturé jusqu’à ce que le soleil se lève, ce matin-là. Malheureusement, comme toujours, le temps n’a pas su s’arrêter. Après l’onirisme d’avoir pu le caresser, il s’est levé avec toi pour se préparer et j’ai bien tenté de le retenir, de l’empêcher de partir, de le piéger entre mes lèvres et ton cou, entre mes mains et quelque part sur ton corps, mais il a lui-même refermé cet instant comme tu fermais tout doucement la porte pour me laisser seul dans ce qui était quelques secondes auparavant nous, devenu nous deux sans toi. Un peu comme un présage à présentement, depuis trop vite presque un an.

Il faut croire que oui, il me reste encore de toi.