Jour 297 – Ed & Manson

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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« […] je me reconnais dans les tueurs en série. »

  • Jour 133

C’est la beauté de ce processus, que je sois en mesure de changer d’opinion, que je puisse reconstruire les fondements de ma personne en cours de route. Nous parvenons tous de quelque part, mais nous n’allons pas nécessairement au même endroit. Il arrive que la destination permute lorsque le trajet est influencé par des détours ou des raccourcis. Quand je regarde les choix des « vedettes » des documentaires ou des séries policières que je dévore, je peux comprendre. Avant, je méprenais cette compréhension pour une reconnaissance. Maintenant, je découvre que n’est pas meurtrier qui imagine, que ne tue pas qui veut. À force d’être confronté aux personnalités atypiques et aux mécanismes de pensées des criminels les plus dangereux, je vois que la curiosité a des limites, qu’elle devient folie quand elles sont d’ailleurs franchies. Dans l’écoute de Mindhunter qui décortique la voie tracée d’un tueur en gestation jusqu’à l’être que l’on connaît au moment du crime, j’ai eu droit à l’envers du décor d’Edmund Kemper, un humain dérangé par le traitement qu’il a subit de la part de sa mère, qu’il a finalement décapité pour faire avec sa tête des détails que je vous épargne, mais dont le Q.I était astronomique. C’est d’une intelligence presque aussi terrifiante que la nature de ses méfaits qu’il explique pourquoi il est ce qu’il est. Un peu comme moi qui peint le parcours de ma vie amoureuse pour tenter de justifier l’humain que je deviens. Dans la saison 2 à venir vendredi, la bande-annonce laisse entrevoir la venue de Charles Manson dans l’univers de cette production de Netflix qui est à peine romancée. Pour en connaître un peu plus sur ce dernier, il est de l’autre côté du spectre, plus spirituel et surtout plus lunatique, avec des réponses poétiques et étranges qui frôlent la démence. Heureusement, j’imagine que je me situe dans le milieu.

Là où mon étude m’a poussé à écrire ce texte, c’est que dans de curieuses coïncidences, je suis tombé sur l’article qui racontait que plus près de nous, dans notre province chérie, un homme, dans des circonstances qui restent à définir, a immolé sa copine devant sa propre famille. Kemper et Manson, c’est loin. Ce sont des fous qui sont connus mondialement, qui ont réussi le pari d’accéder à la gloire par son orifice le plus sombre, qui marquent l’histoire et qui sont presque mythologiques. Cette histoire, dans une ville que j’ai visité, dans des endroits où je pourrais me rendre, selon une méthode que je peux facilement reproduire, me dérange et m’apprend toute mon incapacité quand vient le temps de faire mal. Sans vouloir m’avancer, je pense que c’est probablement la passion qui a joué son plus triste rôle, celui où plutôt que d’être la puissance d’un sentiment incontrôlable dans le cœur, il laisse cette dernière prendre forme dans la réalité.

Il arrive que la violence soit un résultat de l’amour, mais quand c’est le cas, c’est parce qu’il en manque.

Trop aimer, c’est comme pas assez.