Jour 298 – neMEsis

365 jours de peine d’amour

Michaël Bédard

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Comme c’est curieux que je sois le dernier rempart à mon propre bonheur. Vous partagez la même caractéristique primaire, lui et toi : vous êtes tous les deux des proximités impossibles à atteindre. Heureusement, pour mon bien-être et ma paix d’esprit, j’ai accepté de ne pas pouvoir toucher. Après de multiples tentatives à m’escalader pour arriver à me surmonter, je suis sur le point de préférer la chute libre. Ce qui était autrefois la peur de s’écraser s’est métamorphosée en la possibilité de peut-être pouvoir planer. Le risque en vaut la chandelle, quitte à mourir un jour, aussi bien que ce soit comme le papillon qui a su voler que comme la chenille qui ne s’est jamais extirpée du cocon. Elle est là, la  crainte suprême, dans cette pensée que l’on peut s’emprisonner dans soi-même pour toujours, que l’on incarne le vecteur d’une liberté accessible, mais aussi la cellule d’une perpétuité non-désirée. Le choix semble facile sur papier alors que pourtant, nous sommes scientifiquement programmés pour ne pas réussir à déjouer la gravité, pour en être les serviteurs obéissants, sur les deux pieds ou la tête en premier.

Chimiquement, le combat est souvent perdu d’avance. La domination est complète et totale. Le poison coule dans les veines, bat dans le cœur, s’avale à chaque respiration et l’antidote se nomme suicide ou dépendance. L’un comme l’autre ne m’intéressent pas parce que je me surprends à être capable d’endurer la maladie, à me plaire d’être en phase terminale à durée indéterminée. Avec ce que je suis comme propre anti-corps, je défie le mal de vivre à chaque seconde dans l’arrogance de le vaincre dans la réussite de ne pas être déjà mort. Plutôt que de souffrir en plaintes, je me résigne dans la chance de me connaître de plus en plus, de me dire que ce que j’ai est ce que je mérite, que le reste s’en vient et que je suis choyé d’avoir accès au dehors de l’avion même si je n’ai pas de parachute.

Et tout ça, c’est sans parler de l’amour.