Jour 323 – L’aléa

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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La vie est une chienne entraînée pour nous jouer des tours et c’est dans les situations inexplicables qu’elle se décide à aboyer. Les coïncidences en gorge, elle détonne pour se faire entendre, pour montrer que quelqu’un est dans la niche et que nous ne sommes pas totalement en contrôle. Sauvage et indomptable, c’est elle qui nous tient en laisse, qui nous permet d’avancer, qui tire quand nous sommes trop loin à son goût, qui connaît nos destinations respectives. Elle promène les humains à sa guise jusqu’au retour à la maison, mais c’est elle qui s’organise pour qu’une rencontre avec des passants du passé survienne au moment où l’on s’y attend le moins.

Hier, dans tout le chaos d’une naissance, j’ai été plus occupé à faire des allers-retours entre la maison et la chambre de maternité qu’à tenir le bébé dans mes bras. Dans l’un des trajets, pour une mission précise, je me suis retrouvé à traverser le stationnement de l’hôpital et au bas des escaliers qui donne accès à la terre promise, en sens inverse, j’ai reconnu ce visage que je n’avais pas vu depuis au minimum trois ans. Dans toute la stupeur de mon collier qui m’étrangle pour me montrer que je ne domine rien, c’est mon premier grand amour qui se tenait devant moi. Surprise elle-même, c’est une maladroite étreinte et deux baisers sur les joues tout aussi peu habiles que nous nous sommes échangés. Elle était là comme si c’était hier alors que j’étais pourtant des années plus tard. Elle n’avait pas changé et j’étais un autre. Après une conversation d’une dizaine de minutes sur sa propre expérience de maman, sur quelques informations en vrac sur l’un comme sur l’autre, nous nous sommes quittés, une fois de plus, mais sans l’amour cette fois, et j’ai grimpé vers le changement, dans cette réelle impression d’être un homme nouveau.

Comme quoi, en cet enfant, j’ai enfin une médaille.