Jour 326 – Paradoxer

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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L’amour fait mal.

Qu’il soit réciproque ou non, il est ce milieu entre le bien-être et l’inconfort. Il peut être l’envolée comme la chute, le ciel sous terre et le sol en plein vol. Ni blanc, ni noir, il est gris, un « oui » qui se soumet, un « non » qui invite. Il entre, puis repart, d’une politesse effrontée, qui cogne et ouvre immédiatement, qui claque doucement. Propre de sang, il cochonne en s’excusant, sincère dans le regard, mais en contradiction dans les gestes; il renverse et relève. Déployé, c’est une huître l’instant d’après, à l’aise de crier des secrets et de murmurer les rumeurs. Fragile, impossible de le détruire puisqu’il ne se casse que quand il le décide : c’est un kamikaze suicidaire, une plaisanterie tourmentée. Décrit comme une richesse, il appauvrit plus souvent qu’autrement, majestueuse diminution de ses victimes, eux-mêmes assassins de périr dans l’entreprise du délit. Armé, il a les mains en l’air parce qu’il est libre quand il emprisonne deux êtres ensemble, digne d’un policier corrompu. Une fois à l’intérieur, c’est une prison à perte de vue, une serrure ouverte par toutes les clés, où la sortie est une entrée, un labyrinthe en ligne droite. Perdu, il se retrouve un peu partout comme une présence invisible, une pénombre aveuglante. C’est simple, il est un feu lunaire, un océan ensoleillée, le vent en silence qui s’occupe de bercer de haut à droite, de déraciner de gauche en bas, le devant à l’arrière et en avant derrière. Confus, il sait ce qu’il fait, incarne une larme qui sourit, une joie qui pleure. Précis, c’est une définition bouche bée, que l’on comprend sans pouvoir la nommer. Même quand il n’est pas là, il est plein et sa mort rend vivant, sa disparition permet de se retrouver, son néant est une quête. Un jour, alors qu’aimer n’est plus, il revient nous réveiller au beau milieu de notre nuit.

L’amour fait du bien.