Samedi, 25 mai 2024

Que restera-t-il de nos forêts?

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Rosalie Roy Boucher
Rosalie Roy Boucher
MédiAT
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Les feux qui ravagent la forêt québécoise depuis quelques semaines inquiètent. Confrontés aux effets des changements climatiques, les citoyens et citoyennes s’interrogent ; qu’adviendra-t-il de la flore et de la faune alors que les incendies prennent de l’importance et se multiplieront au fil des années?

Richard Desjardins le chante depuis 25 ans : y va toujours y’avoir un feu d’forêt, dans l’temps des bleuets. Quoiqu’ils puissent paraitre terrifiants, les feux font partie du cycle naturel et essentiel des zones forestières. Certaines espèces d’arbres, comme le pin blanc, requièrent le feu pour se reproduire puisque les flammes font éclater les « cocottes » contenant les graines nécessaires à leur propagation. De la même manière, les minéraux qui se déposent au sol à la suite d’un incendie peuvent enrichir celui-ci de vitamines et minéraux, qui favorisent, par exemple, la propagation des bleuets. Les feux ont même la capacité d’éradiquer certaines maladies de l’arbre. Plusieurs espèces d’animaux, tels les grands pics et les cerfs, apprécient revenir sur les lieux d’un brasier, où ils trouvent en abondance leur nourriture de prédilection. 

Or, les feux auxquels la région fait face actuellement sont d’une ampleur inhabituelle. Si, par le passé, des incendies plus importants ont fait rage tous les 100 à 300 ans, il reste que nous observons aujourd’hui une augmentation de ce type de sinistre. La superficie rasée par les brasiers augmente, leur intensité s’accroit et les saisons de sécheresse sont plus longues, ce qui laisse présager de grands changements dans le cycle naturel de renouvellement de nos forêts.

Crédit photo : Marie-Raphaëlle LeBlond

Un cercle vicieux

« La forêt boréale est une bonne éponge à charbon, elle capte le gaz carbonique dans l’air et le filtre avant de le relâcher dans l’atmosphère. Plus la forêt va brûler, plus les effets des changements climatiques seront intenses » relate Annie Langlois, biologiste et gestionnaire du programme Faune et flore du pays à la Fédération canadienne de la faune. 

Selon l’experte, l’importante superficie de forêt boréale qui couvre le territoire canadien fait en sorte qu’il est trop tôt pour s’inquiéter de la disparition de certaines espèces animales. Toutefois, les animaux ayant fui les incendies pourraient ne jamais retrouver le chemin vers la maison. « On se sait pas dans quels termes la faune va pouvoir revenir dans son habitat. Ça va prendre un bon moment avant que la forêt soit prête à réaccueillir les espèces. » se désole la biologiste.

Chaque année, au Canada, 7500 feux brûlent 2,5 millions d’hectares de forêt, ce qui représente la moitié de la superficie de la Nouvelle-Écosse. Annie Langlois prévient « D’ici 2050, nous pourrions doubler la surface de forêt brûlée. » 

Crédit photo : Marie-Raphaëlle LeBlond

Une lente régénération

À la suite d’une perturbation importante comme un feu, l’écosystème se remet graduellement par une série de changements nommés la succession écologique. Au début, les prairies rasées de leurs arbres retrouvent des plantes pionnières tels la mousse et le lichen qui enrichissent le sol, avant que des graminées et herbacées, qui nécessitent beaucoup de soleil, bénéficient de l’espace. Viennent ensuite les arbustes et les arbres qui eux, tolèrent l’ombre. Cette suite de changements nécessaire à la régénérescence d’une forêt peut prendre plusieurs centaines d’années avant d’arriver à un état de maturité.

Crédit photo : Marie-Raphaëlle LeBlond

Rivières et lacs possiblement dénaturés

Si le feu peut être bénéfique pour l’enrichissement de sols, les cours d’eau peuvent souffrir des impacts de brasiers tels que nous les connaissons présentement. Les lacs d’une plus grande superficie ne seront pas nécessairement affectés, mais nous pourrions assister à l’éradication de lacs plus petits et de terres humides s’ils se retrouvaient au cœur d’un feu d’une haute intensité. De plus, des colonnes d’eau pourraient surchauffer, mettant en danger les espèces marines qui y résident.

Le cycle de l’eau fait en sorte que les impacts des feux sur la qualité de celle-ci pourraient s’étendre au-delà des zones incendiées. Annie Langlois explique : « La cendre se ramasse dans les cours d’eau, donc peut affecter une région beaucoup plus grande que la zone où le feu se trouvait originellement, à cause des bassins versants. Par une rivière, la cendre peut arriver dans des lacs et les eutrophier. » L’eutrophisation, processus par lequel les nutriments s’accumulent dans un milieu, favorise la propagation d’algues et dénature les lacs.

Crédit photo : Marie-Raphaëlle LeBlond

S’engager pour lutter contre les changements climatiques

Si nous pouvons d’ores et déjà ressentir les impacts des changements climatiques qui multiplient les catastrophes naturelles telles que les feux de forêt, il est impératif d’agir afin de réduire le plus possible leurs futurs impacts. Pour en savoir davantage sur les différents moyens de réduire nos émissions de gaz à effets de serre ou pour s’informer sur la manière de s’adapter aux différents changements climatiques, consulter la page du gouvernement du Québec à l’adresse : https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/plan-economie-verte/actions-lutter-contre-changements-climatiques