Mercredi, 29 mai 2024

Sécheresse: Les agriculteurs d'Abitibi-Ouest tirent la sonnette d'alarme

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Joanie Duval
Joanie Duval
Journaliste
Les quatre agriculteurs, auteurs de la Lettre Rouge, posent ici avec des exemplaires de leur lettre.
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Quatre producteurs agricoles de l'Abitibi-Ouest ont rédigé la «Lettre Rouge», une lettre ouverte pour sensibiliser aux conséquences des faibles pluies qui ont caractérisé l'été jusqu'à maintenant. Éric Lafontaine, Alexandre Bégin, Mathieu Dumont et Maxime Fontaine, appuyés par 75 propriétaires d'entreprises agricoles de la MRC, espèrent ainsi ouvrir le dialogue avec tous les acteurs concernés et faire comprendre l'urgence de leur situation.

Les quatre agriculteurs ont récolté les 75 signatures d'appui à la Lettre Rouge pendant deux jours intensifs qui leur ont permis d'observer un consensus parmi leurs collègues et aussi l'état de détresse dans laquelle ils sont plongés, alors que les feux de forêt au début de l'été avait déjà causé beaucoup de stress et de précarité dans les fermes de l'Abitibi-Ouest.

« C'est catastrophique », a affirmé Éric Lafontaine, propriétaire de la Ferme Lafontaine-Noël. « La sécheresse s'est incrustée profond. C'est beaucoup plus dommageable pour notre saison que les feux de forêt. On a semé de l'avoine-pois en mai et on est au tiers d'un rendement normal. Dans les pâturages, alors qu'habituellement on ne nourrit pas les animaux au foin sec avant novembre, là on a dû acheter du foin de l'extérieur. »

Avec seulement 37 mm de pluie en mai, dont 24 mm sont tombés le 1er mai, les premiers semis dans les grandes cultures n'ont pas survécu à ce manque d'eau. Un deuxième semis a été nécessaire dans de nombreux cas, laissant dans l'appréhension les agriculteurs qui ont vu leur coût de production augmenter drastiquement. Les fermes maraîchères sont également touchées par la situation tout comme la grande majorité des productions agricoles de l'Abitibi-Ouest.

Dans les fermes bovines et laitières, les préoccupations sont également nombreuses. Certains devront prendre des décisions difficiles comme réduire leur troupeau pour assurer le bien-être de leurs animaux. 

Bien que le programme d'assurance-récolte déjà en place peut pallier à certaines pertes, il n'est pas suffisamment adapté aux réalités régionales, selon Éric Lafontaine. 

« Juste dans la région c'est différent d'un endroit à l'autre, alors c'est certain qu'on ne peut pas se comparer au sud du Québec qui lui a eu trop de pluie par exemple. On doit aussi s'adapter au dérèglement climatique, c'est la nouvelle réalité. Avec la lettre, c'est un constat qu'on a voulu faire, une action citoyenne pour démontrer l'ampleur de la sécheresse. On veut que tous les acteurs se réunissent pour réfléchir aux solutions. Les préoccupations sont constantes pour les agriculteurs en ce moment et certains ne pourront pas continuer, et on a pas les moyens de perdre des fermes en Abitibi-Ouest. C'est toujours plus facile de conserver les acquis que d'en créer d'autres », a déclaré M. Lafontaine qui venait d'aller déposer la lettre ouverte au député d'Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, et à la députée d'Abitibi-Ouest, Suzanne Blais.

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, André Lamontagne, recevra son exemplaire de la lettre ouverte jeudi le 17 août lors de son passage en Abitibi-Témiscamingue.

Vous pouvez lire l'intégralité de la Lettre Rouge sur la page Facebook de Mathieu Dumont, l'un des auteurs.