Mardi, 21 mai 2024

Les voyages de Mathieu Surprenant

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Joanie Duval
Joanie Duval
Journaliste
Le Rouynorandien Mathieu Surprenant, originaire de Matagami, est l'auteur de deux livres sur ses récits de voyage. Photo: Courtoisie de Communications Distribulivre.
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Si le voyage, en solo avec sac à dos, est au cœur de vos résolutions pour l’année 2024, la lecture des livres de Mathieu Surprenant pourrait bien vous inspirer. 

L’auteur rouynorandien a lancé son deuxième livre l’automne dernier D’un continent à l’autre : Voyage au cœur du monde (Les Éditions de l’Apothéose), en même temps que la réédition de son premier récit D’une Amérique à l’autre : Road-trip en ambulance, qu’il avait lui-même édité avant de dénicher sa maison d’édition actuelle.

Par devoir dans un premier temps, pour donner des nouvelles à ses proches pendant ses voyages, Mathieu s’est pris au jeu de l’écriture.

« C’est pendant mes voyages que j’ai écrit les deux livres. La majorité des récits, je les ai écrits en voyage dans les jours ou la semaine qui a suivi. J’ai été sur la trotte pendant 7 ans, 8 ans à peu près, à vivre dans mon sac à dos, à travailler ici 6 mois, un an et repartir. Le livre c’est vraiment une idée qui m’a trotté dans la tête pendant plusieurs années, puis quand j’ai décidé, ok je me lance, c’est là que j’ai récupéré un peu partout tout ce que j’avais noté. J’ai remis ça sur l’ordi, je les ai retravaillés, je les ai remis ensemble pis là ça donné ce que ça donné », a expliqué celui qui a visité ou traversé plus d’une cinquantaine de pays.

Déstabilisant mais captivant

Road-trip en ambulance est un récit tout aussi captivant que le second opus mais plus classique dans sa structure. On suit étape par étape ce grand voyage un peu fou qui fait rêver. Dans Voyage au cœur du monde, on est déstabilisé, aspiré dans les univers de différents pays, une anecdote à la fois. On saute de la Roumanie à l’Australie, en passant par Cuba et l’Égypte. C’est éclectique mais ça fonctionne comme un bon suspense qui nous maintient au bout de notre siège.

« Dans mon processus d’écriture j’ai fait un voyage à la fois. J’ai tout repris mes récits, mes notes que j’avais dans un voyage, je les ai tous mis ensemble. Après ça j’ai fait le voyage suivant. Une fois que tout ça a été fait, bien là c’est comme si j’avais mis toutes mes histoires dans une boîte et j’ai brassé la boîte. Mais c’est chronologique pareil. Je me suis dit que ça donnerait quelque chose de plus intéressant pour le lecteur. On m’en a parlé, on m’a dit que c’est déstabilisant au début, mais ça marche. Je pense que ça se rapproche beaucoup plus de comment ça se passe dans ma tête. Parfois je passe d’un sujet à l’autre, ben le livre c’est comme ça aussi », a souligné en riant Mathieu.

Une touche féminine

Le globe-trotter témiscabitibien est bien conscient que l’expérience du voyage en solo est bien différente pour les femmes. C’est pourquoi il a décidé d’intégrer des textes de voyageuses, à l’intérieur de son récit. On y retrouve donc la Québécoise Maryane Lacroix, ainsi que les Françaises Ana Guinard et Lucie Raynal.

« C’est trois amies qui ont mis des textes sur internet ou sur un blogue. J’ai trouvé que c’est des beaux textes, elles avaient quelque chose à dire qui était intéressant. Puis c’est aussi le fait que ce soit trois filles, c’est des textes que je ne pourrai jamais écrire moi-même. Je ne peux pas me retrouver dans la même situation qu’elles ou pas de la même façon. Elles le verront pas de la même façon que moi, donc ça ajoute une autre façon de voir le voyage et comment on est dans notre tête, comment on se sent quand on se promène. J’ai eu l’impression que ça pouvait rajouter un gros plus », a déclaré Mathieu.

Arrestation au Caire

Les passages accordés à l’Égypte sont très prenants. À l’époque où Mathieu Surprenant y a mis les pieds, il est témoin du retour de la dictature et de nombreuses injustices. Il fait d’ailleurs l’expérience désagréable d’être arrêter au Caire, alors qu’il s’était joint aux célébrations d’une fête populaire sur la place Tarhir le 25 janvier 2014.

« Il a fallu que je parte à ce moment-là. J’ai pas rentré dans les détails dans le livre, parce que je savais pas comment le mettre puis je voulais me concentrer sur ce qui se passe en Égypte et non sur ma situation à moi. J’étais supposé rester trois mois en Égypte, puis après un mois je suis parti, parce que j’étais révolté de toute. J’aurais fait des conneries si j’étais resté. Je suis allé là pour apprendre l’arabe, puis après mon cours qui durait un mois, je devais aller me promener en Égypte, dans des coins reculés, dans le désert, en sac à dos comme j’ai l’habitude de faire, mais je me voyais pas apprécier ce que j’allais vivre en sachant ce qu’il se passait. Ça m’a révolté tout ça », a-t-il raconté.

Est-ce que cette expérience a changé sa façon de voir le voyage? 

« Oui. Est-ce que c’est plus que tous les autres endroits où je suis allé? Je suis pas sûr. À chaque fois que tu pars puis que tu reviens, tu changes certaines choses dans ta vision. Je sais pas si l’Égypte a eu un si grand impact de plus par rapport à d’autres endroits, je suis pas convaincu de ça. C’était une expérience intense, mais une expérience parmi tant d’autres. »

Outre cette expérience, Mathieu ne s’est jamais vraiment senti en danger pendant ses voyages. 

« J’ai déjà été un peu stressé avec des gars qui m’avaient embarqué sur le pouce un moment donné. On ne se comprenait pas vraiment. Il y en a un qui baragouinait un peu l’anglais. Il me parlait de payer le passage, mais finalement ils m’ont débarqué puis il ne s’est rien passé. Mais des vrais moments de peur, je pense que non. Il faut toujours que tu restes méfiant pareil. J’en ai pris des risques, j’en ai fait des niaiseries, mais en général c’est toujours calculé ce que je fais. Quand je vais dans des endroits que je sais que ce n’est pas safe, je ne fais pas exprès non plus. Je ne m’habille pas comme si j’avais de l’argent non plus. Je donne l’impression de savoir où je m’en vais, de connaître la place. C’est vraiment une question d’attitude », a-t-il ajouté.

Dire aurevoir

Bien que ce ne soit pas explicitement décrit dans ses livres, on sent que Mathieu Surprenant a dû continuer son chemin et dire aurevoir à plusieurs personnes qu’il avait rencontrées.

« Par moment oui, y’a eu quelquefois où je l’ai eu plus dur que d’autres. Je me suis habitué à dire aurevoir et à juste passer à autre chose avec des amis autant qu’avec des personnes plus proches un peu. J’avais l’habitude de me créer une barrière, parce que je sais ce qu’il s’en vient, je profite du moment. J’étais tout le temps clair avec le monde avec qui j’étais. »

Et s’expatrier? « Ça m’a traversé l’esprit souvent. Il y a beaucoup d’endroit dans le monde que j’ai adoré visiter, mais où je ne vivrais pas. Mais il y en a d’autres que je me suis dit, je pourrais vivre ici. Sauf qu’il n’y a jamais eu quelque chose ou quelqu’un qui m’a attaché assez pour que je prenne cette décision-là. Je suis toujours revenu à la maison et j’étais toujours content de revenir même si c’était pour un court moment. »

Question de priorités

Pour Mathieu Surprenant, il n’y a pas de recette miracle. Voyager comme il l’a fait, c’est une question de bien choisir ses priorités. Voici ses conseils aux néophytes du voyage.

« Il ne faut pas avoir peur de foncer. Beaucoup se trouvent des excuses. Ça se peut, tu as le droit là, mais ce qu’on entend souvent c’est « Tu es chanceux toi. Moi je ne suis pas capable de faire ça, j’ai ça à payer… » Ils ont toujours une excuse pour pas y aller, mais ils aimeraient donc ça. Les excuses c’est toujours la gestion des priorités. Si quelqu’un veut vraiment y aller, il fait en sorte d’y aller. Il a des sacrifices à faire. Est-ce qu’il est prêt à faire ces sacrifices-là pour partir. C’est son choix à lui. »

« Le Lonely planet c’est bon, mais t’es pas obligé de le lire page par page. Ça veut dire que t’as pas à tout préparer. Pars, si tu ne sais pas où tu vas aller le lendemain c’est pas grave. Si tu veux changer d’avis à mi-chemin, c’est pas grave. Fais des choses que les autres n’ont pas faites. Essaie de quoi de nouveau, sors de ta zone de confort, pour vivre des expériences. C’est là que tout change. »

« Autant à la maison qu’en voyage, je vis assez simplement. Je n’avais pas des gros salaires quand je me promenais. À la maison j’avais pas de télé, pas internet, j’allais pas dans les restaurants, je ramassais mon argent. Je payais mon loyer, mon épicerie, un peu de gaz dans le char puis le reste allait de côté. Vivre avec 15 dollars par jour je l’ai fait, dormir sur le bord du chemin je l’ai fait. Revirer de bord dans un hostel parce qu’il est trop cher je l’ai fait. Je n’en parle pas beaucoup de la logistique de l’argent dans le livre. Il y aurait un autre livre à écrire avec ça peut-être. Et chacun s’y prend à sa manière. J’en connais qui oui voulait sauver de l’argent et y allait pour ce qui était moins cher mais la bouffe non, je veux bien manger. Moi ça déjà arriver que je mange une barre Mars et une banane dans ma journée. Chacun a ses priorités. »

D’un mode de vie à l’autre

Mathieu Surprenant a décidé de mettre le voyage solo de côté pour réaliser un autre rêve qui exige un mode de vie plus sédentaire.  

« Le voyage ce ne sera jamais fini définitivement pour moi. Avoir ma maison, avoir ma terre, faire mes p’tites affaires, j’ai toujours voulu ça, avant de partir voyager. Tout est une question de contexte, c’est une question de priorités. Qu’est-ce que je voulais faire entre les deux? Ben je voulais faire les deux, mais c’est impossible de faire les deux en même temps. Fallait que je fasse un choix et la vie que j’avais à ce moment-là faisait en sorte que c’était plus facile pour moi d’aller voyager. Ça fittait mieux dans ce que je vivais, puis dans ma tête aussi, à l’intérieur de moi-même j’étais encore sur ce go là. J’en ai tellement fait…je ne pense pas que je me suis tanné, mais j’ai eu envie de prendre un break. J’ai décidé de me retrouver dans mes affaires parce que la situation dans ma vie faisait en sorte que les étoiles étaient alignées. Je me suis enligné par là puis j’aime ça et je suis bien. C’est quelque chose que je voulais vivre. Vieux j’aurais regretté de pas avoir vécu ça au moins une fois. Est-ce que l’envie va me reprendre de repartir un de ces jours? Probablement que oui, mais c’est pas pour tout de suite. Je me promène encore de temps en temps, mais ce n’est pas le même type de voyage, je suis accompagné, je ne fais pas ça de la même façon. J’ai vieilli aussi, je demande un peu plus de confort, j’ai plus de moyens, ça change aussi la façon de voyager. »

D’autres projets d’écriture? 

« Pour l’instant non. J’ai écrit les voyages que j’ai fait. Ça veut pas dire que ça reviendra pas un jour mais il faudrait que je reparte », a-t-il conclu, laissant un peu d’espoir qu’un jour un troisième opus voit le jour. 

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