Chronique d’un Amossois parti à l’ONU pour le climat (épisode 1)

L'urgence climatique, les commandites de Coca Cola, le fardeau de la jeunesse, l'Abitibi doit et peut changer.

Madrid, 3 décembre 2019, Jour 2

Hier s’ouvrait la 25econférence des Nations Unies sur les Changements climatiques (COP25) dans la capitale espagnole qui verra se braquer sur elle les projecteurs du monde entier pour les deux prochaines semaines.

 

Par cette chronique, j’espère pouvoir partager avec les gens de ma région que j’aime toute l’importance de ce qui se trame ici. Pis aussi, répondre du mieux que je peux aux nombreuses questions qu’un tel événement soulève à bon droit.

 

La première étant : c’est quoi au juste, la COP?

 

Officiellement, il s’agit de l’instance décisionnelle suprême de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Autrement dit, un rendez-vous annuel où tous les pays du monde se rassemblent pour tenter de répondre à l’urgence climatique qui menace la planète et toutes ses espèces, Homo sapiens(nous) inclus. Le but principal est de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 ºC depuis l’ère industrielle (le milieu des années 1800), conformément à l’Accord de Paris de 2015.

 

Encore un discours alarmiste… Sérieux c’est quoi l’urgence?

 

Les scientifiques de partout dans le monde n’ont jamais été aussi clairs et catégoriques. La planète fait face à une extinction de masse de la vie sur Terre si nous ne réduisons pas drastiquement et sans délai nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Les conséquences des changements climatiques sont déjà dévastatrices à l’échelle mondiale, avant même d’avoir atteint le seuil de 1,5 ºC. Pour ne nommer qu’un exemple, à ce stade, ce seront plus de 270 millions de personnes qui se retrouveraient dans une situation de pénurie d’eau potable. Si nous franchissons la barre des 2 ºC, ce nombre grimpera à près de 390 millions. Les trajectoires actuelles nous conduisent néanmoins dans un scénario où nous dépasserons de beaucoup les 2 ºC.

 

Ok, mais comment y a fait pour se retrouver-là?

 

La coutume veut qu’en marge des négociations impliquant les diplomates des États, un certain nombre d’accréditations soient réservées aux membres de la société civile pour observer et critiquer l’évolution du sommet. C’est ainsi que l’organisme ENvironnement JEUnesse, qui s’implique dans l’éducation de la population de partout au Québec depuis 40 ans, m’a offert une place à bord de sa délégation au terme d’un processus de sélection entamé il y a quelques mois. En tout, nous sommes près de 30 personnes issues d’une dizaine d’organisations du Québec qui nous retrouvons aux premières loges de l’action.

 

Et qu’est-ce qu’il compte faire?

 

Très bonne question. Il y a tant à faire, et en même temps, notre capacité d’action est limitée par le fait que nous ne soyons pas en position de prendre les décisions à la place des gouvernements. À chaque heure, depuis l’aube jusqu’en fin de soirée, des dizaines de conférences portant sur autant d’enjeux névralgiques se déroulent en même temps dans un complexe 50 fois plus gros que le nouveau Canadian Tire l’autre bord du pont. Même avec une équipe très bien organisée, couvrir l’entièreté des événements relève de l’impossible. Il nous faut donc être stratégique afin de suivre et d’influencer positivement du mieux qu’on peut le déroulement des négociations. Mais si on pense en dehors de la boîte, il y a encore plus d’actions qu’on peut poser, si bien le risque est grand de se trouver rapidement dépassé par les choix à faire!

 

À quoi ressemble l’ambiance?

 

Une fourmilière de contradictions où des milliers de personnes venant de tous les horizons poursuivent dans toutes les directions un même but.

 

Et croyez-moi, le terme « contradiction », c’est pas peu dire. Imaginez-vous ma stupéfaction lorsque j’ai constaté que les centaines de plantes destinées à donner de la vie à notre environnement confiné étaient en… plastique. Ajoutez à cela un Burger King au centre de l’aire d’alimentation juste à côté du showroom où tous les pays tiennent leur kiosque ne présentant que leurs bons coups en matière de protection de la planète. Sans compter que la COP25 est commandité par… Coca-Cola.

 

Mais au-delà de ces observations pour le moins cyniques, il serait honteux de passer sous silence l’interdiction de bouteilles d’eau jetables en plastique sur le site ou les passes de transport en commun rendues gratuites pour l’ensemble des personnes participantes. Les efforts de l’organisation sont perceptibles. Manifestement insuffisants, mais perceptibles.

 

Selon Félix, un ami de Montréal de la même délégation, commentant l’absence de fenêtres dans le complexe, « on se croirait au casino, sauf qu’ici, les États gamblentavec notre avenir ».

 

Faits marquants des derniers jours (et scoop pour demain)

 

  1. Panel plaidant pour une justice sociale pour nous sortir de l’urgence climatique

 

La crise climatique se déroule dans un contexte où les injustices entre les classes sociales sont omniprésentes dans tous les pays du globe. Nous voici donc face à un double défi : celui de combattre le plus grand défi de l’histoire de l’humanité (la crise climatique) tout en s’assurant que les plus vulnérables ne seront pas les premières et les principales victimes. Pour Sivan Kartha, de l’Institut de l’Environnement de Stockholm, il est indéniable que « les États et les personnes qui doivent contribuer le plus à résoudre le problème sont ceux qui ont contribué le plus à créer le problème ».

 

  1. Les scientifiques sonnent l’alarme devant une salle pratiquement vide

 

Trois scientifiques de renommées internationales ont tenu une conférence de presse pour rappeler que nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre dès 2020 (oui oui, cette année) si nous souhaitons éviter un emballement catastrophique du climat qui, rappelons-le, met déjà la biodiversité et la population mondiale en péril.

 

Ce n’est pas seulement une crise du climat, c’est une crise de l’humanité.

 

Les évidences scientifiques qu’ils citent sont implacables. Les constats sont à glacer le sang. Les prévisions, à donner la nausée. La salle de la conférence de presse, elle, est pratiquement vide. Désertée par les diplomates qui préfèrent discuter derrière leurs portes closes.

 

  1. L’ONU dévoile un rapport accablant sur le fossé à combler pour réduire les GES

 

Quelques heures plus tôt, le Programme des Nations Unies pour l’environnement divulguait son tout premier rapport portant sur les écarts entre les besoins et les perspectives en matière de production de charbon, de pétrole et de gaz. Les experts concluent qu’il existe un « écart de production » considérable qui rend les objectifs climatiques extrêmement difficiles à atteindre. Non seulement nous sommes en train de passer complètement à côté de la cible de réduction d’extraction d’hydrocarbures pour rencontrer l’Accord de Paris, mais les projections indiquent que les principaux pays producteurs (dont le Canada), projettent d’augmenter leur production d’énergies fossiles.

 

Et oui, ça inclut le gaz naturel fossile sale de l’Alberta et de la Saskatchewan.

 

Et oui, ça inclut le projet Gazoduq qui, tout en menaçant le territoire de l’Abitibi, s’inscrit directement dans cette tangente dévastatrice à l’échelle planétaire.

 

La question que tout le monde – littéralement – se pose ici, mais qu’est-ce qu’attendent les élus de l’Abitibi pour nous protéger face à la crise climatique et se prononcer contre le projet Gazoduq?

 

  1. Les solutions existent, elles sont partout, il suffit de les appliquer

 

Sur une note plus positive, une représentante charismatique de l’Indonésie s’est exprimée dans une remarquable présentation où elle insistait sur la réalité que les véritables solutions pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5º C existent bel et bien… tout comme les fausses solutions. Il n’en tient qu’à nous de transformer réellement nos sociétés pour nous permettre collectivement d’atteindre cet objectif vital. En citant à titre d’exemple plusieurs communautés écoresponsables évoluant partout sur la planète et en mettant ainsi à l’avant-plan plusieurs Nations autochtones, elle insiste sur le fait que pour y parvenir, nous devons du même coup « balayer toutes ces fausses solutions ».

 

  1. Le secrétaire général des Nations Unies appelle la jeunesse à augmenter la pression

 

S’adressant la semaine passée devant une salle bondée exclusivement de jeunes de partout dans le monde, le plus haut fonctionnaire des Nations Unies, Antonio Guterres, a imploré la relève à intensifier ses actions sur les décideurs politiques. Je me rallie à son opinion que l’heure est venue de choisir entre la capitulation de l’humanité et l’espoir dans lequel « les énergies fossiles restent là où elles devraient être, dans le sol, et où nous parviendrons à la neutralité carbone d’ici 2050 ».

 

  1. J’ai compris le message

 

Pour tout vous dire, je trouve cela absolument déchirant de constater que l’homme le plus puissant des Nations Unies s’en remette à une poignée de jeunes pour faire revirer de bord des gouvernements encore plus riches et puissants que l’ONU. Il y a tant à faire, et si peu de temps. À la fin de cette deuxième journée, j’ai tout de même choisi mon camp. Celui d’un monde plus juste, plus équitable, moins destructeur, plus protecteur. Nous sommes plusieurs jeunes d’ici à avoir rejoint encore plus de jeunes de partout dans le monde. Nous sommes bien organisés, on va essayer de faire ce qu’on peut de l’intérieur. Demain matin, une conférence de presse mettant à l’avant-plan 6 jeunes provenant des 6 continents se tiendra devant le monde entier. 3 gars, 3 filles. Le message qu’on va lancer en sera un percutant, unifié, qui vise droit au cœur.

 

~ ~ ~

 

Mais j’en conviens, de juste lancer des messages de même dans l’univers, à 6000 kilomètres de l’Abitibi, c’est pas ça qui va sauver notre monde. On fait ça sans prétention, du mieux qu’on peut, avec ce qu’on a. Pour réussir à changer le système pour le mieux, on a besoin de tout le monde, pis ça commence par toi, pis moi, pis nous. Pour la simple et bonne raison qu’on a tous besoin de de tout le monde. Pis faut surtout arrêter d’attendre que les autres le fassent à notre place, faut qu’on prêche tout le monde par l’exemple, à partir de chez nous, en commençant par nous-mêmes.

 

Pis aussi parce qu’en Abitibi, on est capable de toute faire quand on arrête de se snober, qu’on arrête de vouloir avoir plus que le voisin, pis qu’on comprend qu’on n’aura jamais plus que lorsqu’on se met ensemble.

 

Parce que sinon, de continuer la « business as usual », on s’est rendu compte qu’y a pu rien de viable pour personne là-dedans. Pas pour nos enfants, pas pour notre eau, pas pour notre forêt pis pas pour notre sous-sol non plus.

 

Le cadran du réveil a sonné, pis on peut pu snoozer. Le jugement est déjà prononcé. Notre peine est collective ; il n’en tient qu’à nous pour la purger dans la joie collective.

 

Astheure, y nous reste juste à se réunir pis à agir pour de quoi de plus grand que nos petites personnes : le bien commun.

 

À bientôt ville patrie, je pense à vous, vous êtes ici tout le monde avec moi, ça fait qu’on se tient à l’eau courante, d’amour, d’eau pure et de justice climatique !