Racisme systémique : un assureur revoit ses pratiques

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Image : Médiat

AMOS-Une compagnie d’assurance basée en Abitibi-Témiscamingue accepte la main tendue de l’Assemblée des Premières-Nations Québec-Labrador dans sa lutte contre la discrimination et le racisme. L’entreprise Promutuel Boréale, qui compte plusieurs clients dans les communautés autochtones de la région, ainsi que dans les Laurentides, a lancé une démarche en vue de revoir ses pratiques et ses politiques à l’endroit de sa clientèle, particulièrement sa clientèle autochtone.

Plainte pour racisme systémique

Cette nouvelle politique survient après qu’un membre de la communauté de Timiskaming First Nation, près de Notre-Dame-du-Nord, au Témiscamingue, se soit vu refuser une police d’assurance de cette compagnie. Wayne McKenzie est déménagé au Québec en mars dernier, et a décidé d’immatriculer et d’assurer son véhicule au Québec.

«Au début d’août, mon neveu est allé faire assurer un véhicule à la succursale de Ville-Marie, et on lui a dit que l’on n’assurait pas les gens un vendredi après-midi, raconte M. McKenzie. Je suis retourné moi-même le mardi suivant, et on m’a dit que la compagnie n’acceptait plus d’assurer les Autochtones. Je ne comprends pas pourquoi, ma maison est assurée chez eux. J’ai fini par porter plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.»

Selon une source proche du dossier et qui désire garder l’anonymat, le président de Promutuel Boréale, Jean Cotten, a eu vent de l’affaire, et n’a pas tardé à exprimer son mécontentement, lui qui est marié à une femme autochtone. Ce serait lui, toujours selon cette source, qui aurait incité la direction de l’entreprise à revoir ses politiques et ses pratiques envers les membres des Premières-Nations.

La directrice générale, Kathy Bélanger, nie ces allégations. « Nous avons été tous ébranlés par la mort de Joyce Echaquan, fait-elle valoir. Je ne veux pas commenter la plainte, mais ce n’est pas ce qui nous pousse à revoir nos pratiques. En assurance, nous marchons sur des oeufs quand il est question de critères d’admissibilité. Nous voulons voir ce que nous pouvons faire pour améliorer nos pratiques en ce sens.»

L’entreprise fait donc appel à une firme autochtone externe pour analyser ces pratiques, et entend par la suite aller de l’avant avec certaines recommandations du plan d’action de l’APNQL, comme par exemple des ateliers de sensibilisation pour les employés, ainsi que la promotion de la culture et des compétences autochtones dans l’entreprise.

D’autres compagnies moins conciliantes

Pendant ce temps, d’autres compagnies d’assurance semblent moins conciliantes à l’endroit des membres des Premières-Nations. L’ex-député péquiste d’Abitibi-Est, Alexis Wawanoloath, a lui aussi porté plainte, cette fois contre la compagnie Industrielle Alliance, devant la CDPDJ .

L’affaire remonte au 2 octobre 2018. M. Wawanoloath, alors étudiant en droit à l’Université de Sherbrooke, avait demandé une soumission à la compagnie pour une assurance auto. «J’ai donné le code postal de ma résidence, dans la communauté d’Odanak, raconte-t-il. Immédiatement, le préposé au téléphone m’a indiqué qu’il ne pouvait pas me faire de soumission, parce que mon code postal était sur une réserve. J’ai discuté avec le département des plaintes de la compagnie, sans obtenir satisfaction.  J’ai donc déposé une plainte pour discrimination auprès de la Commission des droits de la personne.»

Actuellement, l’enquête suit son cours, mais le processus n’a pas été facile pour l’ex-député. «La médiation s’est très mal passée, avoue Alexis Wawanoloath. J’étais seul dans une salle en vidéoconférence, et les intervenants de la CDPDJ n’ont pas les compétences pour traiter les dossiers de racisme systémique.» La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a décliné notre invitation à commenter le dossier.

Texte publié dans le cadre de l’Initiative de journalisme local (La Presse canadienne)