Jeudi, 30 mai 2024

Pour marier les cultures

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Équipe MédiAT
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Professeure à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Émilie Deschênes consacre un ouvrage à l’insertion sociale et professionnelle des travailleurs autochtones.

Publié par les Éditions JFD, L’insertion sociale et professionnelle des travailleurs autochtones : des pistes claires pour contribuer concrètement et efficacement a bénéficié du support de l’Institut national des mines (INMQ) et de la Commission de développement des ressources humaines des Premières Nations du Québec (CDRHPNQ).

Son auteure a une longue feuille de route dans le domaine de l’éducation et des milieux autochtones.

Son ouvrage propose des outils aux gestionnaires d’organisation qui embauchent des travailleurs autochtones.

Un choc des cultures

Il est de notoriété publique que l’exploitation des ressources naturelles se situe souvent à proximité de communautés autochtones. La docteure Deschênes souligne qu’il s’agit d’une population dont la démographie est en forte croissance et dont la main-d’œuvre est très sous-utilisée.

Or, les cultures autochtones comportent plusieurs différences avec la culture dominante dans le comportement et dans les valeurs (humilité, importance du consensus, etc.), qui font qu’un travailleur issu de ces communautés pourrait être moins à l’aise dans une entreprise et dès lors, moins efficace, ce qui peut générer des problèmes de rétention et d’absentéisme.

Un modèle éprouvé

L’ouvrage d’Émilie Deschênes identifie les différences culturelles et propose un modèle pour faciliter l’intégration du travailleur basé sur la planification, la sécurisation culturelle, l’accompagnement et la formation.

Ce modèle s’inspire de pratiques éprouvées mises en place par des organisations des secteurs des forêts, des mines et de l’hydroélectricité. Il nécessite notamment la mise en place de dispositifs et de ressources humaines – à tout le moins un expert externe – consacrées à faciliter l’adaptation.

Avec des questionnaires pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place, le livre de Mme Deschênes se veut éminemment pratique et vise à combler un manque dans ce créneau où, dit-elle, les recherches sont encore nécessaires.

L’entreprise est-elle gagnante?

Tout cela est-il profitable pour une entreprise? Oui, affirme Émilie Deschênes. « Un employé plus heureux, sera nécessairement plus performant, plus efficace, assure-t-elle. C’est un atout pour l’organisation. »

Pour Mme Deschênes, l’accompagnement se fait avant même que la personne n’arrive dans l’entreprise. Ensuite, il faut, notamment, travailler l’appartenance à l’organisation.

« Ça prend une relation empathique, souligne-t-elle. Il faut se mettre dans les chaussures de l’Autochtone. Il faut sortir de sa zone de confort, de sa zone de fonctionnement habituelle.»

Un lancement couru

Le lancement virtuel de L’insertion sociale… a eu lieu le 2 février dernier. Lors de l’évènement, la directrice des services de support de la CDRHPNQ, Susan King a affirmé qu’entre 2014 à 2018, le nombre de travailleurs autochtones avait augmenté de 77 %. Son organisme est l’objet d’un engouement tangible depuis les deux dernières années. « Les entreprises viennent beaucoup plus vers la CDRHPNQ, a-t-elle commenté. La réponse est tellement plus forte que nos attentes. »

Comme pour donner raison à Mme King, selon l’éditeur, Jean-François Déry, 315 personnes se sont inscrites au lancement; on y retrouvait des institutions autochtones, mais aussi Rio Tinto, la ville de Val-d’Or, le Centre de formation professionnelle de l’Abitibi-Témiscamingue, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, etc.

Le groupe Helios a même profité de l’occasion pour diffuser une offre d’emploi destinée aux travailleurs autochtones!

« Plusieurs acteurs du milieu cautionnent le livre » a affirmé M. Déry, livre qui paraitra en anglais dans les prochaines semaines.

La formation, une clé

La présidente-directrice générale de l’Institut national des mines, Christine Duchesneau, a affirmé que le livre d’Émilie Deschênes est un reflet de la concertation comme valeur de son organisation et que ce partenariat lui permet de contribuer à l’avancement de l’insertion socioprofessionnelle des Autochtones dans le secteur minier.

Elle a rappelé que la formation est une des secteurs d’intervention préconisé par l’auteure.

« Le livre servira à peaufiner les stratégies d’enseignement des établissements d’enseignement, a-t-elle noté. C’est une première collaboration officielle avec Émilie Deschênes, que nous suivons depuis quelques années.  Nous poursuivrons le travail avec Émilie dans les prochains mois avec une nouvelle étude pour aborder les facteurs de persévérance scolaire des apprenants et apprenantes autochtones. »

Texte publié dans le cadre de l’Initiative de journalisme local ( La Sentinelle)