Jeudi, 23 mai 2024

Nora Confetti : Célébrer la différence

Publié:
Joanie Duval
Joanie Duval
Journaliste
C'est l'illustratrice Lulune, alias Laurie Forest Lechasseur, qui signe la couverture de Nora Confetti. Les Z'ailées, éditeur jeunesse, a également publié le dernier tome de la série Les Illuminés de Guillaume Demers. Photo: Les Z'ailées.
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L’auteure d’origine abitibienne, Andrée-Anne Brunet, a donné vie à un tout nouveau personnage pour la littérature jeunesse avec Nora Confetti, 10 ans, qui se découvre à travers les arts de la scène dans ce premier tome sorti le 10 avril dernier, Coup de théâtre, publié chez Les Z’ailées, éditeur jeunesse du Témiscamingue.

Avec ses premiers livres destinés aux adultes (Embrasser le chaos, Doux bordel, Ne pas toucher s’il-vous-plaît), rien ne présageait qu’Andrée-Anne se mette à l’écriture d’un premier roman jeunesse destiné aux 8 ans et plus. 

« J’ai écrit trois romans pour les adultes, puis à un moment donné je me posais beaucoup de questions comme femme, ma relation avec mon corps. Je suis née avec des malformations. Nora Confetti, c’est beaucoup inspiré de mon enfance et il y a beaucoup d’Andrée-Anne dans Nora. Je cherchais comment parler de la différence, comment mettre en valeur un personnage qui est différent et qui n’est pas que ça. Un personnage qui malgré sa différence pouvait vivre toutes sortes d’aventures », a expliqué l’auteure.

Ce premier roman jeunesse devait être unique, mais la trajectoire du projet a pris un autre chemin quand Andrée-Anne a voulu avoir l’opinion d’une autre auteure.

« Quand j’ai écrit l’histoire, je l’ai envoyé à Amy Lachapelle, qui vient de l’Abitibi-Témiscamingue aussi, qui est avec les Z’ailées et qui est une amie. Je lui ai demandé si ça avait rapport ce que j’ai écrit et elle m’a dit que non seulement ça a rapport mais on veut te publier, puis on aime beaucoup ton personnage, on veut que ce soit une série. Pour moi c’était un livre, c’était fini et j’étais contente, mais Nora va continuer de vivre d’autres aventures », a raconté Andrée-anne.

Un parcours différent

Le personnage de Nora est en fait à l’image d’Andrée-Anne Brunet, une version de la petite fille qu’elle a été.

« Je viens de Val-d’or, puis quand je suis née, j’avais des malformations. Il me manque des doigts, il me manque des orteils, il me manque des petits bouts un peu partout, mais j’ai toute ma tête. Et je suis la seule dans ma famille qui est comme ça. On ne sait pas pourquoi je suis née comme ça », a expliqué l’écrivaine qui a passé une bonne partie de son enfance dans les hôpitaux où elle a subi dix opérations aux jambes. 

Dans ce premier tome de la série, on rencontre une Nora qui jongle avec le choix d’assumer sa différence ou plutôt de se fondre dans la masse, avec comme trame de fond sa nouvelle passion théâtrale. 

« Ça fait longtemps que ça me trotte dans la tête, l’idée de célébrer la différence. Pour moi c’est ça la base du projet. Je veux vraiment célébrer le fait que c’est extraordinaire d’être différent, puis qu’on l’est tous à notre façon », a déclaré l’auteure.

« Ma différence je l’oublie parce que pour moi c’est mon corps, je suis née comme ça. Sauf que je me sens différente dans le regard des autres. Quand quelqu’un m’observe, quand quelqu’un me pointe du doigt. Puis j’ai réalisé avec les années, en fait on se sent tous différents. Moi c’est très visible contrairement à d’autres, mais certains jours on veut tous se fondre dans la masse, on n’a pas envie d’être pointé du doigt, puis il y a d’autres jours où on assume totalement ce qu’on est » a-t-elle poursuivi.

La maternité l’a aussi mené vers la création de son premier personnage jeunesse, poussant sa réflexion sur les différences.

« Quand je suis tombé enceinte de mon premier enfant, bien on s’est posé des questions mon chum et moi. Est-ce que je vais transmettre ma différence à notre enfant? Comme on ne sait pas d’où ça vient, on ne savait pas si je pouvais le transmettre. Pour moi, ça été un choc à l’échographie de découvrir que mon bébé avait dix doigts et dix orteils. Je m’étais mise en tête qu’il allait lui manquer des bouts puis ce n’est pas grave. Et je trouve ça fascinant d’évoluer avec mes deux petits garçons à la maison, quand on s’amuse à compter nos doigts et nos orteils. Que leur maman ait sept doigts, ça ne change rien pour eux. Ils n’en font pas un cas, ils ne s’arrêtent pas à ça. Je trouve ça magnifique. J’avais envie de célébrer la différence, puis de montrer qu’on est tous différents à notre façon. C’est un super pouvoir en fait qu’on a tous. Ce qui nous rend unique est un super pouvoir selon moi. C’est toutes ces réflexions-là au fil des dernières années qui m’ont amené donc à créer le personnage de Nora Confetti », a affirmé Andrée-Anne.

Et ce n’est pas la dernière aventure de la petite Nora, un deuxième tome sortira prochainement et d’autres sont prévus.

 « Dans le premier, on établit que Nora est différente. Elle veut faire partie de la troupe de théâtre de l’école mais comme elle se fait opérer et qu’elle est dans le plâtre, elle hésite à savoir si elle veut être sur scène avec un plâtre et si elle envie de se faire voir de cette façon-là. Donc elle va se questionner si elle prête de l’avant si elle est différente ou pas. Et dans le deuxième tome, j’avais envie d’aborder les problèmes environnementaux, mais dans l’œil d’une enfant de 10 ans. Les enfants les voient bien les changements climatiques, ils sont bien au fait de ça. Mon personnage dans le deuxième tome découvre qu’il existe des océans de plastique et elle veut sauver les océans, mais à 10 ans qu’est-ce que tu peux faire pour sauver la planète? Et il y en aura d’autres, combien je ne le sais pas, mais ce n’est que le début de l’aventure », a précisé l’auteure.

En route vers le salon du livre

Andrée-Anne Brunet sera présente à La Sarre pour le 48e Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue qui se tiendra du 23 au 26 mai prochains. Elle en profitera pour aller présenter son atelier sur la différence à plusieurs élèves du primaire de la localité.

« J’ai mis sur pieds un atelier avec Nora Confetti où je viens parler de la différence avec les jeunes. Quand j’ai donné l’atelier pour la première fois, c’était tellement magique parce que quand les jeunes réalisent que j’ai juste sept doigts, il y a toutes les réactions possibles. Il y en a qui trouvait ça cool, il y en d’autres qui disaient « Ah mon doux, pauvre toi ». À force de jaser, je les ai amenés à réaliser qu’en fait eux aussi ont des différences, mais que c’est peut-être juste moins visible que moi. Ils sont tellement spontanés, pas de filtre, j’ai adoré rencontrer les jeunes. J’ai la chance quand je vais venir à La Sarre d’aller dans plusieurs écoles et de pouvoir partager ça. Non seulement, j’adore venir chez moi en Abitibi, mais de pouvoir rencontrer aussi les jeunes, je me sens bien privilégiée », s’est-elle réjouie.

 Outre les prochains tomes de la série Nora Confetti, Andrée-Anne Brunet ne chôme pas. Entre son boulot comme animatrice à la radio, les salons du livre et les ateliers au primaire, elle trouve le temps de donner des conférences aux ados.

« Avec Nora Confetti, on a les ateliers que je donne dans les écoles primaires. Puis parce que je voulais rejoindre les ados aussi, j’ai une conférence qui s’appelle « Embrasser sa différence », que j’ai donné à quelques reprises, où là je parle de mon parcours un peu plus global. De ma naissance, quand mes parents ont découvert qu’il m’en manquait des bouts, à comment ça a teinté mon parcours primaire, secondaire, l’université, comment je deal avec ça à la radio, comment en fait ce parcours de vie a teinté ce que je fais. »

Elle réserve aussi une surprise pour ses lecteurs adultes en flirtant pour la première fois avec un genre littéraire de plus en plus populaire de nos jours.

« Au niveau de l’écriture pour les adultes, je travaille sur quelque chose qui va sortir au mois de décembre prochain. C’est un style d’écriture que je n’ai jamais fait. Mon éditrice adulte m’a lancé le défi. C’est une comédie romantique, je n’ai jamais fait ça, je n’en ai pas non plus vraiment lu. Je me lance dans ce genre-là puis ça me fait beaucoup rire. C’est complètement différent. Habituellement quand quelque chose me fait peur, c’est signe que je dois le faire. »