Jeudi, 3 avril 2025

L’Orchestre symphonique de l’AT craint pour sa relève

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Samuel Larochelle
Samuel Larochelle
Journaliste
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Avec les coupures dans la plupart des programmes de musique en région, l’OSRAT a parfois du mal à combler ses besoins de musiciens. À l’aube de sa tournée printanière, du 31 mars au 4 avril, le chef Jacques Marchand s’interroge également sur la personne qui pourra lui succéder un jour. 

Les salles d’Amos, Rouyn-Noranda, Val-d’Or et La Sarre accueilleront le concert intitulé Les solistes de mon pays. « On a de super bon musiciens et je voulais les mettre à l’avant-plan, explique le chef. C’est une façon de leur dire merci d’être dans ce projet qui dure depuis 38 ans. »

Parmi les interprètes qui brilleront, notons Isabelle Fortin au violon, Jacob Auclair-Fortier au violoncelle, Neal Bennett au trombone et Vincent Rancourt au cor des Alpes. « Vincent est un des élèves de Denis Lamontagne. Il a acheté le cor de Denis et je lui ai demandé s’il voulait joué la pièce que j’avais écrite il y a 20 ans. Il va également jouer du cor "ordinaire". »

Quand on demande à Jacques Marchand quels sont les défis pour garder en santé un orchestre régional, son expression faciale en dit long. « Ah seigneur, il y en a beaucoup! D’abord, on est toujours à la recherche de financement. On est subventionné par le Conseil des arts et des lettres du Québec, qui soutient uniquement des organisations professionnelles. »

Le défi de professionnalisation est grand pour une région avec une petite population. « Si on se compare avec le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la majorité des musiciens vivent à Chicoutimi, car la ville est assez grosse pour avoir un orchestre. Et les autres viennent de Québec pour compléter. Dans l’OSRAT, j’ai une vingtaine de musiciens qui gagnent leur vie avec la musique. »

L’éparpillement des musiciens sur le territoire complique également la planifications des répétitions. « Je ne peux pas en organiser une par semaine, comme tous les orchestres le font. On a décidé d’en faire une tous les deux dimanches. »

Et parfois, la température leur joue des tours. « Cette année, j’ai annulé deux fois à cause de la météo, en raison d’une tempête de neige ou du verglas. En fin de semaine, juste avant la tournée, je rassemble les musiciens pour deux jours de répétitions intensives, mais on annonce une grosse tempête... »

Sans oublier la difficulté de combler les besoins de certains instruments comme le basson, le cor français, le violon alto et le violoncelle. Ou celle d’assurer la relève en général. « On dirait que les gens s’impliquent moins qu’avant. Et depuis quelques années, il n’y a à peu près plus de musique dans les écoles régulières, sauf à Amos. On le ressent. »

Le chef constate avec regret que la musique occupe moins de place dans les écoles secondaires. « Ça n’a pas seulement une incidence sur notre orchestre, mais sur la culture générale de l’être humain. Les arts, ça nous éveille à une sensibilité humaine et ça nous fait travailler en communauté. »

N’allez surtout pas croire qu’il en veut aux sports. « Je ne suis pas contre les sports. J’en ai moi-même fait beaucoup quand j’étais jeune. Le sport, c’est physique. Les arts, c’est notre intérieur qu’on développe, notre compréhension de la vie et notre écoute à l’autre. »

On est également en droit de se demander combien de temps ce passionné de 76 ans pourra rester à la tête de l’organisation. « Tant que j’aurai la santé physique et cognitive, je vais continuer. Certains chefs d’orchestre ont dirigé jusqu’à 90 ans. Je suis encore capable de tougher. »

Néanmoins, il aimerait trouver une personne pour lui succéder. « À ce niveau-là aussi, c’est difficile. Avec les années, le niveau de l’orchestre a monté, alors ça prend quelqu’un qui sait diriger comme il faut et qui a une grande connaissance musicale. »

Pour assister à la tournée du printemps (31 mars au 4 avril) : https://osrat.ca/nos-concerts 

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