L’année 2025 aura été le théâtre d’une série de catastrophes pour l’industrie forestière qui a vu plusieurs de ses usines diminuer leur production voire fermer complètement. Une centaine de travailleurs de l’usine d’Arbec à Amos ont été mis à pied juste avant Noël en raison de la baisse du prix et des commandes sur le marché américain.
Présent à Amos pour rencontrer ses membres, le directeur québécois du syndicat Unifor, Daniel Cloutier, espère maintenant plus d’actions concrètes pour l’industrie forestière. « L’année a été désastreuse, a-t-il affirmé d’entrée de jeu. On parle de pertes d’emplois, de fermetures des milieux de travail, de programme de temps partagé, fin de certains de quarts de travail... Voyant tout cela, on considère que ça été une très mauvaise année pour les gouvernements concernant la prise d’actions.»
M. cloutier est d’autant plus déçu de ce manque de productivité considérant que tout ça était prévisible et ce, avant qu’il y ait des tarifs supplémentaires imposés. «Il y avait déjà des tarifs de 15%, a-t-il rappelé. La guerre du bois d’œuvre perdure depuis plus d’une décennie et la tendance au niveau du papier journal et des mises en chantier aux États-Unis était déjà bien en déclin avant la réélection de (Donald) Trump.»
Ainsi, la situation n’aurait pas été plus joyeuse sans les tarifs supplémentaires, sauf peut-être permettre à certains joueurs « d’être un peu moins dans le trouble ».
Des mesures cosmétiques en 2025
Ces périodes de crise devraient, toujours selon M. cloutier, faire dire au gouvernement : « C’est le temps de se repositionner, se réinventer ». Il reproche plutôt au gouvernement d’avoir proposé de simples mesures cosmétiques.
Le programme fédéral de garanties de prêts de 1,2G$ et la réduction de la taxe sur la masse salariale ne répondaient pas au besoin de l’industrie. « L’enjeu des entreprises est en lien avec les revenus de production, et non leur capacité à emprunter, a-t-il indiqué. Quand le revenu n’est pas là et qu’on se rajoute des dettes, on diminue le revenu accessible. Ce n’était donc pas une solution intéressante.» Les annonces ont passé, mais l’argent n’a pas atterri dans les entreprises.
M. Cloutier aurait aimé que le code du bâtiment au Québec soit modifié pour forcer l’utilisation dans les constructions neuves. « On ne sent actuellement aucun signe où le gouvernement pourrait aller vers ce genre de mesures, a-t-il déploré. Actuellement (la caq) préfère légiférer sur des mesures comme les prières de rue, museler les contre-pouvoirs syndicaux et les Fédérations de médecins et n’a pas de vision industrielle nouvelle.»
De l’aide concrète demandée
Les travailleurs forestiers ont encore sur le cœur les paroles du Premier ministre, François Legault, qui a invité les travailleurs forestiers à changer de vocation pour travailler avec Hydro-Québec et les mines. «Nos travailleurs forestiers souhaitent travailler en forêt et on continue d’en avoir besoin. Il faut s’assurer de maintenir ses emplois avant de dire des niaiseries comme ça», a dénoncé M. Cloutier.
Le président espère donc des investissements concrets pour la forêt notamment pour permettre aux usines de diversifier leur production et d’améliorer leur productivité.
«En 2026, on souhaite des annonces pour moderniser nos usines pour améliorer notre productivité. Il y a des retards actuellement à ce niveau là, a-t-il souligné. Il faut développer de nouveaux créneaux. Par exemple, changer le code du bâtiment au Québec aura des impacts positifs pour des entreprises comme Chantier Chibougamau et d’autres. On se souhaite aussi un nouveau Régime forestier qui va arrêter les coûts supplémentaires inutiles aux entrepreneurs. Si on a tout ça en 2026, les tensions économiques mondiales ne disparaîtront pas, mais nous serions dans une bien meilleure position pour y faire face.»
Une année pré-électorale importante pour la forêt
Au niveau de la refonte du Régime forestier, il s’agit d’une autre déception pour le président. « 22 recommandations avaient été amenées sur la table et celles-ci faisaient consensus, a-t-il poursuivi. Le gouvernement n’avait pas de volonté d’arriver à un projet réel.»
La possibilité de devancer les élections apparaît comme une solution intéressante pour le directeur national d’Unifor. « Actuellement, on est paralysés, a-t-il indiqué. En attendant, on va continuer de sensibiliser le gouvernement pour l’amener à prendre des bonnes actions, mais on va surtout se concentrer au changement de gouvernement qui s’en vient en 2026 et s’assurer que les partis susceptibles de prendre le pouvoir (le PQ ou le PLQ) mettent leur énergie sur des priorités économiques.
« Je ne pense pas qu’en ce moment en Abitibi-Témiscamingue, face à toutes nos pertes d’emplois, le gros problème soit qu’on s’enfarge dans des gens qui prient dans la rue, a-t-il critiqué. On a lancé la serviette avec la CAQ, mais il faut que les partis d’opposition comprennent les priorités et s’engagent à prendre les bonnes positions.»