Mardi, 3 février 2026

Décès par suicide : La région a toujours le pire bilan

Publié:
Mathieu Proulx
Mathieu Proulx
Médiat – Initiative de journalisme local (IJL)
L'Abitibi-Témiscamingue compte encore parmi la région avec le plus de suicides par 100 000 habitants selon l'Institut de la statistique du Québec. L'éloignement et l'isolement seraient des causes importantes de ce triste bilan qui perdure d'année en année. Photo : Archives/MédiaT
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En pleine semaine nationale de la Prévention du suicide, l’Abitibi-Témiscamingue confirme ses piètres résultats en termes de décès par suicide au Québec avec taux de 22,1 suicides par 100 00 habitants selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec

Seule la région du Nunavik fait pire figure avec 122,7 suicides par 100 000 habitants. L’Institut de la statistique du Québec précise que sa population est considérablement moins élevée.  Au Québec, le taux s’élève à 12,5 suicides par tranche de 100 000 habitants.

Appeler à commenter les nouvelles données de l'INSQ, la directrice générale du Centre de prévention du suicide à Amos, Mélanie Tremblay met un bémol puisque les chiffres peuvent souvent être interprétés de n’importe quelle façon. «Ceci dit, la bonne nouvelle qui ressort tout de même est que le taux de suicide au Québec continue de diminuer et en Abitibi-Témiscamingue également, a-t-elle affirmé. Par contre, on demeure la région où le taux de décès est le plus élevé.»

 

L’isolement et l’éloignement font mal

Pour la directrice, les raisons de ces tristes résultats sont multiples. Elle se doit de souligner que l’isolement, l’éloignement de la région est un facteur important pour ce bilan. « Assurément que l’accessibilité aux ressources joue un rôle, a-t-elle expliqué. Si l’on se compare aux grands centres, on a moins de ressources disponibles. On a plus de gens qui vivent en ruralité, qui sont isolés et ont moins accès aux services conventionnels. Les taux les plus bas sont toujours Laval et Montréal et ce sont les endroits où les ressources sont le plus concentrées.»

Ici, en Abitibi-Témiscamingue, malgré une économie forte, l’accessibilité aux logements est difficile et le coût de la vie qui augmente font que le fossé se creuse entre les personnes mieux nanties et les personnes vivant avec plus de difficulté. « On voyait moins ça il y a 10 ans, a-t-elle ajouté. Les crises reliées à nos besoins vitaux – Se loger, se nourrir, répondre à nos besoins de base – étaient beaucoup moins fréquentes à l’époque.»

Le sous-financement des ressources d’aide et du milieu communautaire demeure un combat pour le Centre de prévention suicide. « La venue de Santé Québec a causé beaucoup de torts au soutien du milieu communautaire, a déploré Mme Tremblay. Les coupures nous ont bloqué l’accès à de multiples fonds ponctuels pour faire des activités, de la promotion, des articles promotionnels… Après notre financement de base, il n’y a plus rien.»

Avec la campagne électorale, le milieu communautaire voudra rappeler l’impact qu’elle peut avoir. « Quand on investit dans le communautaire, on obtient beaucoup de rentabilité grâce à notre flexibilité, notre proximité avec la communauté, les petites équipes, a poursuivi Mme Tremblay. On va maintenir la pression pour que le financement puisse se rendre dans les milieux communautaires. »

 

Les hommes plus impactés

Toujours selon les statistiques de l’INSQ, les hommes sont les plus cités dans les statistiques avec 35,8 suicides bien en avant des régions de la Côte-Nord (27,8) et du Saguenay-Lac-Saint-Jean (27,5). La moyenne provinciale pour le taux de suicide chez la femme est à 5,9.

Mme Tremblay amène d’ailleurs une seconde hypothèse pour expliquer cet autre triste chiffre : Le rôle de l’homme traditionnel masculin dans les régions éloignées. « La socialisation de l’homme plus traditionnel qui aura de la difficulté à aller chercher de l’aide, qui aura tendance à s’organiser seul avec ses choses et qui va refuser de lever la main, a-t-elle  mentionné. Cela fait partie des choses que l’on peut travailler, mais qui demeurent difficiles. » Le CPS d’Amos, avec sa campagne Attend pas d’en avoir plein ton casque, visait d’ailleurs spécifiquement cette clientèle.

 

Plus de d’ouverture au dialogue

Toujours selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec, les femmes sont plus nombreuses pour le taux d’hospitalisation relié aux tentatives de suicide avec 53 femmes hospitalisées au Québec en raison d’une tentative contre 30,8 chez les hommes.

La directrice complète en mentionnant que, depuis la pandémie, les consultations à l’urgence pour des pensées suicidaires ont augmenté en période post-pandémie. Elle souligne que cette tendance n’est d’ailleurs pas à la baisse six ans plus tard. «On peut dire que les gens vont moins bien, mais on peut aussi dire qu'ils consultent plus, a-t-elle enchaîné. Assurément, on voit plus d’ouverture dans le discours et le dialogue. On entend plus de personnalités prendre la parole publiquement.»

Impossible de tout mettre sur le dos de la pandémie, mais plusieurs facteurs sociaux ont changé depuis cette période, selon Mélanie Tremblay. « On s’est isolés davantage, on accède moins à la culture, à nos loisirs, a-t-elle mentionné.  Selon moi, la réhabilitation va passer par là.»

 

Envoyer de l’espoir et le plaisir de vivre

Alors que la Semaine de la Prévention du suicide bat son plein, le CPS d’Amos poursuit son engagement à célébrer la vie et l’espoir. « On multiplie les visites dans les milieux de nos partenaires, les entreprises, le communautaire pour prendre soin des clientèles, mais aussi des équipes, a mentionné la directrice. On a des ateliers pour rappeler aux gens ce qui nous fait du bien dans la vie et remettre ça au centre de nos décisions.»