Fonderie Horne : Rouyn-Noranda donne sa confiance à Glencore
Le conseil de Ville de Rouyn-Noranda donne sa confiance à Glencore et la Fonderie Horne pour les sept prochaines années. L'atteinte de la cible à 15 ng/m3 d'arsenic dans l'air est repoussée à 2030 et demeurera jusqu'à 2033.
La décision a été annoncée par le maire, Gilles Chapadeau, non sans difficulté, devant une foule mêlant citoyens pro fonderie et anti émanations réunis lors de la séance du conseil du 9 février.
Ils répondent ainsi à l'offre du Gouvernement du Québec faite à Glencore qui consiste à amorcer le processus de renouvellement des permis d'exploitation dès maintenant et ce, pour une durée de sept ans. Il s'agit d'un vote à majorité, mais pas unanime. La Fonderie pourra donc poursuivre ses opérations
Ainsi, Glencore bénéficiera de la prévisibilité qu’elle exigeait pour poursuivre ses investissements en matière de qualité de l’air. La norme acceptable de 45 ng/m3 sera donc prolongée pour une période de 18 mois supplémentaires tel qu’accordé en décembre dernier. Par la suite, le 15 ng/m3 sera la nouvelle norme pour les années du permis renouvelé.
«Il faut accepter que le progrès ne s’instaure pas aussi rapidement qu’on le voudrait », a lancé le maire, Gilles Chapadeau avec hésitation sous les applaudissements nourris d'une partie des citoyens réunis à l'Hôtel de ville et les huées de l'autre moitié de la salle.
En contrepartie, la Ville de Rouyn-Noranda souhaite ainsi que les investissements promis, au niveau de l’amélioration de la qualité de l’air et la zone tampon, se poursuivent. M. Chapadeau a admis plus tard durant la séance que lien de confiance entre l'entreprise et la population doit être rebâti. «Ça fait partie de nos discussions, a-t-il affirmé. On ne veut pas de statu quo. On veut que les travaux soient faits maintenant parce que la seule façon d'arriver à améliorer la qualité de l'air passe par des investissements massifs. On a donc dit au Premier ministre : Assurez-vous que les investissements soient au rendez-vous.»
Il ajoute que les commentaires reçus ce soir seront pris en compte pour la suite des choses. «Le travail commence, a-t-il indiqué. Moi, je n'en veux plus de délais. Je veux qu'on voit les investissements dans cette entreprise-là pour pouvoir tourner la page.»
Tard dans la soirée, le maire a également expliqué pourquoi la décision avait été prise en conseil avant la séance. Pour M. Chapadeau, l'argumentaire était déjà connu et exposé depuis longtemps. «Pour nous, c'est la voie de passage qu'on a identifié pour permettre l'amélioration de la qualité de l'air, a-t-il expliqué. Je pense que c'est le souhait d'une vaste majorité de la population.»
Le président du Syndicat de la mine Noranda, Shawn Smith, a rappelé que la situation était insoutenable. Je n’aurais pas voulu être à votre place, a-t-il souligné au micro du conseil municipal. Je salue votre décision. Depuis des décennies, le syndicat s'est toujours battu pour les travailleurs et la communauté et ça va continuer. Je crois que le syndicat va faire partie de la vigie qui va s'assurer que les millions mentionnés seront investis. Inquiètez-vous pas avec ça, on va la faire la job.»
Il a tenu à souligner que dès l'atteinte de la norme de 15 ng/m3, 90% du territoire de Rouyn-Noranda ne sera plus impacté par les émissions d'arsenic.
De nombreux témoignages
Les discours se sont enchaînés par la suite témoignant du profond fossé qui sépare la population de Rouyn-Noranda actuellement. Si les travailleurs et entrepreneurs de la Fonderie ont poussé un soupir de soulagement, d'autres citoyens ont exprimé une tristesse et une colère sentie.
«Glencore est une puissance mondiale qui a fait plier tous les gouvernements et maintenant notre palier municipal, a lancé un citoyen, Jean-Philippe Rioux-Blanchette. Nous avons été plusieurs à saluer votre décision de ne pas vous prononcer (en parlant du maire Chapadeau) nous sommes maintenant plusieurs à être extrêmement déçus que vous l'ayez fait aujourd'hui. Vous n'avez pas tourné la page d'un livre. Vous avez mis de l'huile sur un feu qui va continuer de brûler.»
«Je côtoie tous les jours des gens passionnés à fabriquer des anodes de cuivre de la manière la plus responsable possible, a déclaré pour sa part une employée de la Fonderie, Marie-Ève Dallaire. Je côtoie des professionnels chevronnés qui ne cessent de chercher des moyens de s'améliorer chaque jour. S'améliorer, ça fait partie de l'ADN de la Fonderie. On peut le constater. Est-ce qu'on est parfait? Non. Mais l'important c'est qu'il y a une réelle volonté d'amélioration.»
Rosalie Chartier-Lacombe, citoyenne qui travaille tous les jours au quartier du Vieux-Noranda aurait voulu insuffler du courage au conseil de ville. « ...Je me disais, wow, on a une place à la table des négociations, a-t-elle lancé déçue. On fracture la population en disant que la Fonderie va fermer. Honnêtement, je n'y crois. Il s'agit d'un infrastructure stratégique, des minéraux stratégiques hautement en demande. Ce serait vraiment étonnant. On avait une position de pouvoir très intéressante. (...)Dans tout ça, on ne pense pas au coût de renonciation : les cancers, la perte de nouveaux arrivants qui ne veulent plus d'établir ici...»