Mardi, 3 février 2026

Glencore met fin à ses investissements à la Horne

Publié:
Mathieu Proulx
Mathieu Proulx
Médiat – Initiative de journalisme local (IJL)
La Fonderie Horne pourrait cesser ses opérations dès mars 2027. Photo : Archives
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Faute d’une entente avec le Gouvernement du Québec, Glencore a annoncé officiellement la suspension de ses investissements à la Fonderie Horne et entend déployer un plan de démobilisation dès maintenant. D’ici mars 2027, la Fonderie poursuivra ses opérations, mais une fermeture n’est pas exclue par la suite.

Par voie de communiqué, la société Glencore a mentionné que, malgré des efforts soutenus des deux parties, les conditions « ne sont pas suffisantes pour permettre a Glencore Canada d’aller de l’avant».

« Nos employés sont en droit d'obtenir des repères clairs pour l'avenir, a déclaré le chef des opérations, Actifs métallurgiques pour Glencore, Marc Bédard. Nous avons travaillé de bonne foi et exploré toutes les options à notre disposition.»

 

Entente prévisible et réaliste à long terme

Glencore s’est dit prêt à investir 1 G$ dont 300 $ pour la réduction des émissions. « Or, il serait irresponsable d'autoriser un investissement d'une telle ampleur sans avoir l'assurance que les conditions réglementaires permettraient à la fonderie de continuer à opérer dans un cadre prévisible et réaliste à plus long terme», a-t-on ajouté.

Glencore avait demandé une prolongation pour l’atteinte du 15 ng/m et le retrait de l’atteinte du 3 ng/M3, jugeant la demande irréaliste.

Depuis plusieurs mois, et surtout depuis les dernières semaines, la population est largement divisée entre protection des emplois et protection de la santé des citoyens.

« Il est déraisonnable, à nos yeux, d'être potentiellement sur la voie d'une fermeture, alors que nous sommes convaincus que les opérations de la Fonderie Horne sont sécuritaires pour la population »,  a ajouté M. Bédard malgré les avis contraires lancées par la Santé publique régionale. Notre priorité immédiate est d'être sur le terrain avec les équipes. Nous communiquerons avec transparence avec les employés et les partenaires concernés. »

 

Le Premier ministre offre le renouvellement du permis dès maintenant

Le Premier ministre, François Legault, et ministre responsable de l’Abitibi-Témiscamingue a fait une déclaration écrite sur le dossier.

« … Glencore cherchait à obtenir de la prévisibilité, ce à quoi notre gouvernement a consenti en lui offrant de lancer un an plus tôt que prévu le processus de renouvellement de son autorisation environnementale, a-t-il déclaré. Il s’agit d’un pas considérable de la part de notre gouvernement, qui s’attend maintenant à ce que l’entreprise procède elle-même aux investissements nécessaires.» Le Premier ministre s’est dit préoccupé tant par la préservation des emplois que la santé de la population.

La Chambre de commerce et d'industrie de Rouyn-Noranda trouve incompréhensible qu'aucune voie de passage n'ait pu être identifiée. « Pourquoi le gouvernement du Québec ne formule-t-il pas des propositions précises permettant de sauver  la Fonderie et ses emplois, tout en assurant un environnement sécuritaire à la population? , a questionné le président de la CCIRN, Éric Beaupré. Quel rôle joue François Legault, notre ministre régional?»

 

Le maire et le syndicat sont choqués

Le maire de Rouyn-Noranda, Gilles Chapadeau, a réagi sur les réseaux sociaux. Il considère déplorable que le gouvernement et l'entreprise n'aient pu convenir d'une entente. «La cohabitation est possible à une condition : que des investissements rapides soient faits, a-t-il insisté. Pour la santé de notre population, comme pour notre vitalité économique, il faut des investissements dédiés à l’amélioration de la performance environnementale de l’entreprise, au maintien des emplois et à la poursuite des travaux en lien avec la relocalisation des citoyens de la future zone tampon.»   M. Chapadeure assure qu'il ne baisse pas les bras. Il se dit convaincu qu'une issue soit encore possible.

Le syndicat des Métallos qui représente les travailleurs de la Fonderie Horne et l’usine CCR de Montréal-Est a réagir avec colère. Selon eux, le gouvernement signe l’arrêt de mort de la filière cuivre au Québec.

«C'est 1000 emplois directs et environ 3000 emplois indirects qui seront détruits dans la prochaine année en Abitibi et à Montréal-Est, en raison de l'incapacité à trouver une solution pour assurer la pérennité de la filière du cuivre, a tonné le directeur québécois des Métallos, Nicolas Lapierre. Ce gouvernement manque de courage politique et ce sont encore une fois les travailleur.euse.s qui vont en payer le prix.»

Pour M. Lapierre, le plan de démobilisation va vider  les usines. « C'est extrêmement triste, parce qu'une piste d'atterrissage réaliste et raisonnable était en vue, ce qui aurait permis de faire passer le niveau d'émission maximal de 45 à 15 ng/m3, un niveau acceptable pour préserver la santé de la population», a-t-il poursuivi. Il espère maintenant que Glencore et le gouvernement puissent revoir leurs positions et reprendre les pourparlers.