Le Forum sur l'eau réunit la population pour discuter des priorités absolues
Les 19 et 20 février derniers, à Val-d’Or, la Société des eaux souterraines de l’Abitibi-Témiscamingue a réuni plusieurs dizaines d’acteurs pour discuter des enjeux entourant la protection des eaux souterraines et de l’eau potable sur le territoire. Étudiants, chercheurs, industriels, élus et fonctionnaires municipaux se sont réunis pour partager leurs connaissances. Médiat a assisté à l’événement pour témoigner d’une partie des échanges sur le sujet.
Le Forum régional sur l’eau potable a été réalisé dans le contexte du soutien financier du Fonds région et ruralité (FRR) de la Conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue. «C’est un engagement qu’on a pris envers les préfets pour tenir le forum, a confié le directeur de la Société des eaux souterraines, Olivier Pitre. Depuis plusieurs années, on savait que l’eau potable allait être une priorité et c’est dans ce contexte qu’on a tenu le forum.»
L’un des objectifs était de réunir l’ensemble des acteurs concernés par les enjeux de l’eau potable, particulièrement les eaux souterraines. En plus des étudiants et chercheurs universitaires, plusieurs élus et les équipes de fonctionnaires municipaux ont participé à l’événement. Le directeur était également très fier de constater la participation des acteurs industriels notamment les entreprises minières. Des conférences de l’Université Laval et de l’Institut nationale de recherche scientifique (INRS) et même des participants du Saguenay-Lac-Saint-Jean se sont déplacés à Val-d’Or pour l’occasion.
« On a eu la chance de compter sur la présence de plusieurs compagnies qui ont pignon sur rue en Abitibi-Témiscamingue et qui sont très engagés et à l’écoute, a-t-il poursuivi. Leur présence leur a permis d’échanger avec les milieux municipal et universitaire et notre organisme. Ne serait-ce que pour le réseautage, c’est la chose que je suis le plus satisfait. On créé des liens, on échange des cartes d’affaires. Je suis extrêmement satisfait du lieu de rencontres qu’on a créé. »
Beaucoup d'informations
Tenu sur une journée et demie, le Forum a permis de donner énormément d’informations de manière très condensée. Plusieurs enjeux concrets ont été abordés comme la protection des sources d’eaux potables et des eaux souterraines, l’approvisionnement en eau des Premières Nations, la qualité de l’eau des puits privés en région…
« Nous avons des journées occupées et donc, de prendre ce temps-là, condensé, nous permet de regarder le portrait et d’échanger sur ces sujets-là, a expliqué Olivier Pitre. On regarde le portrait et ce qu’on peut pour améliorer les choses et connaître les gens qui peuvent nous aider pour atteindre nos objectifs.» Le Forum devient un véritable outil de concertation entre les acteurs concernés.
Le directeur a été notamment agréablement surpris de la présentation de l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador. « Les travaux sont beaucoup plus avancés que ce que je pensais, a-t-il mentionné. On va voir dans le futur si on peut collaborer avec les Premières Nations, des services et de l’aide qu’on peut donner. On a développé une expertise avec les municipalités qui pourraient faire œuvre utile.»
Territoire incompatible à l’activité minière
La Société des eaux souterraines a profité de l’occasion pour taper sur le clou de ce nouvel outil, le TIAM, – désignation des Territoires incompatible à l’activité minière – à la portée de tous les élus municipaux.
Dans sa présentation, Olivier Pitre a rappelé qu’on compte 20 prélèvements d’eau souterraine en Abitibi-Témiscamingue et qui desservent 500 personnes et plus, représentent 56 KM². De ce petit territoire, 71 000 personnes sont desservies par ces sources d’eau « Près de la moitié de la population régional en dépend comparativement à un millième de la superficie de l’Abitibi-Témiscamingue. Ça vaut la peine de foncer dans le tas et d’être extrêmement sévère pour protéger ces territoires.»
Chaque conseil municipal, chaque élu, a le pouvoir de dire non à toutes activités minières sur ces territoires. «Il y a déjà 25 km² de ce territoire qui est en périmètre urbain privé et qui est donc exclu d’emblée, a poursuivi le directeur. Il reste la moitié à exclure. Ce ne serait pas déraisonnable de mettre ces territoires de côté et dire ici, l’absolue priorité, c’est l’approvisionnement en eau potable de la population.»
Si la municipalité n’utilise pas son droit, n’importe quelle compagnie pourrait arriver sur ledit territoire et l’harnacher privant une population complète de son approvisionnement d’eau potable. Dans la MRC d’Abitibi, depuis neuf ans, les captages d’eau souterraine de plus de 500 personnes sont tous désignés par Territoire incompatible à l’activité minière. (TIAM) (Barraute, Landrienne, Amos)
M. Pitre espère que le dossier de la protection des captages d’eau souterraine de niveau 1 (500 personnes) se règle rapidement. Selon lui, la situation est déjà inquiétante «Le portait n’est pas rose, a-t-il rappelé. On a eu une contamination aux hydrocarbures à La Reine, une contamination aux chlorures à Cadillac, en plus des puits 2 et 3 de Val-d’Or qui sont hors services, il n’y a plus de temps à perdre. »
Un TIAM, c’est quoi ?
TIAM signifie territoire incompatible avec l’activité minière.
Selon la Loi sur les mines, il s’agit d’un territoire où les impacts liés à l’exploration ou à l’exploitation minière compromettraient la viabilité des activités déjà présentes. Ces zones sont donc soustraites à toute activité minière.
Qui détermine les TIAM ?
Ce sont les MRC (municipalités régionales de comté) qui peuvent — de façon facultative — délimiter des TIAM sur leur territoire.
Si elles choisissent d’aller de l’avant, elles doivent respecter des critères précis établis par le gouvernement dans l’OGAT Mines (orientation gouvernementale en aménagement du territoire).
Une fois approuvés par le gouvernement, les TIAM sont inscrits au système GESTIM et deviennent officiellement exclus de l’exploration et de l’exploitation minières.