Près de 200 citoyens de Barraute étaient réunis à la cafétéria de l’école secondaire Natagan pour faire part de leurs inquiétudes quant au projet de délocalisation des élèves de 4e et 5e secondaire vers Amos à l’automne 2026. Un profond sentiment de mépris de la part du Centre de Services scolaire était palpable chez les citoyens en écoutant les nombreux témoignages partagés. Au terme de la rencontre de près de trois heures, colère, tristesse, mais aussi des solutions concrètes ont été lancées.
D’entrée de jeu, la directrice générale du Centre de Services scolaire Harricana, Nancy Létourneau a d’abord partagé le contexte et les enjeux qui expliquent que ce projet ait été mis sur la table. « L’objectif a toujours été de donner des services équitables à tous les élèves de l’Harricana, incluant ceux de Natagan », a lancé celle qui a aussi été directrice de l’établissement pendant plusieurs années.
L’une des limitations de Natagan : les sciences et mathématiques fortes, qui ne peuvent pas toujours être offertes comme ailleurs en raison des difficultés à recruter des enseignants qualifiés pour ces matières.
Les demandes de transfert vers Amos ou d’autres villes amènent aussi une baisse des élèves importante dès le début du secondaire. La majorité le demande pour s’inscrire à des concentrations et d’autres pour des raisons de logistique familiale, d’offre pédagogique ou en raison du climat scolaire.
En plus de tout ça, l’école Natagan verra sa cote de milieu défavorisé passée de 10 à 7 entraînant des baisses de financement importantes. Tout ceci place le CSSH dans l’obligation d’agir rapidement.
Après la présentation de Mme Létourneau, une longue période de témoignages et de questions s’est ouverte. Des parents, des élèves et des citoyens ont partagé leurs inquiétudes et leurs frustrations. L’impression d’être mis sur le fait accompli et que les décisions soient déjà prises, malgré les consultations, est bien réelle.
Pour les parents, les citoyens, le sentiment de fragiliser un autre service de proximité fait mal. Pour les élèves, l’éloignement de leur milieu, de leurs activités de loisir, de leur équipe sportive, d’entrer dans une école beaucoup plus grosse, fait peur.
«Il faut prendre ses commentaires avec la tête et le cœur, a commenté la directrice après la rencontre. Les gens sont mobilisés. Ils se tiennent. Les gens qui étaient ici forment la communauté que je connais. J’ai travaillé ici plusieurs années. Les gens sont déçus et inquiets et contestent notre intention, mais ça reste qu’il s’agit d’une consultation.»
Regrouper les classes de 4e et 5e secondaire
Jessica Champagne et Joanie Larose, enseignantes à l’école Natagan, comprennent la réalité du CSSH. « Ouvrir des groupes avec si un petit nombre d’élèves, ce n’est pas viable, a partagé Mme Champagne. On a donc regardé la possibilité de joindre les classes de 4e et 5e secondaire pour une bonne partie des matières.» Cette proposition sera faite officiellement au Centre de service scolaire Harricana. (CSSH) Les enseignantes se sont basées sur des écoles qui vivent des réalités semblables pour travailler leur projet.
« Ça fait déjà plusieurs années que le nombre d'élèves est en baisse à Natagan, a poursuivi Mme Larose. Il est donc certain qu’on doit faire les choses autrement. D’ailleurs, on le fait déjà. On essaie de donner le plus de possibilités aux élèves.»
Si le petit nombre d’élèves est une faiblesse au niveau financier, il devient une force permettant un accompagnement plus personnalisé à chacun des élèves. «En mathématique et en sciences fortes, on le fait en collaboration avec la formation générale aux adultes, mais je pense qu’on peut garder nos élèves à Barraute en faisant les choses autrement », a ajouté Mme Larose. Tous deux assurent que les enseignants sont prêts à s’investir pour y arriver.

Profiter du Mont-Vidéo pour l’attractivité
Définitivement, les citoyens de Barraute ont à cœur leur école et plusieurs témoignages en ont fait état. Les gens souhaitent qu’on puisse voir plus loin et plus grand pour Natagan.
La présence du Mont-Vidéo à quelques kilomètres de l’école fait rêver à la création d’une concentration Ski Alpin ou d’axer l’identité de l’école sur la pratique du plein air pour en profiter pleinement.
Samantha Émond est administratrice du conseil d’administration du Mont-Vidéo. Pour elle, si le CSSH souhaite assurer une pérennité des services à l’école Natagan, diversifier les programmes d’étude pourrait contribuer à l’attractivité de Natagan.
« Le Mont-Vidéo propose maintenant des activités sur quatre saisons, a-t-elle souligné. La randonnée, le cross-country, le vélo de montagne ou encore la raquette, le ski de fond, ski alpin, planche à neige… Il y a beaucoup de terrains de jeu qui pourraient être mis à la disposition du réseau scolaire par l’entremise de programmes d’étude sportifs.»
Les citoyens, les élèves et les enseignants ont jusqu’au 25 mars pour déposer leur mémoire et leurs suggestions par rapport à la réorganisation de l’école Natagan. Nancy Létourneau mentionne avoir hâte d’en prendre connaissance. « Plusieurs personnes ont des idées intéressantes à nous transmettre et je souhaite qu’elles soient viables et qu’elles nous permettent d’offrir un service de qualité à nos élèves jusqu’en cinquième secondaire », a-t-elle conclu. La décision finale sera rendue lors du conseil d'administration du 7 avril.