Vendredi, 27 mars 2026

Sylviculture : Québec critiqué pour ses coupes et l’incertitude entourant les appels d’offres

Publié:
Mathieu Proulx
Mathieu Proulx
Médiat – Initiative de journalisme local (IJL)
Les travaux en sylviculture sont compromis à court et long terme. L'industrie demande plus de considérations de la part du gouvernement du Québec. Photo : Les archives
Partager cet article

Les entreprises en sylviculture tirent la sonnette d’alarme. Entre une baisse annoncée des tarifs et des contrats toujours bloqués à l’approche de la saison, l’inquiétude grandit dans l’industrie forestière.

Le Bureau de mise en marché du bois (BMMB) envisage de réduire la rémunération des entreprises sylvicoles pour les trois prochaines années, une décision qui suscite de vives réactions dans le milieu.

Selon la Fédération québécoise des coopératives forestières, cette révision serait basée sur les faibles prix observés lors des appels d’offres publics. Elle entraînerait une diminution importante de la grille tarifaire, avec des marges bénéficiaires déjà très minces.

On évoque notamment des marges de 0,08 % pour la préparation de terrain, de 2,74 % pour le reboisement, et même un déficit d’environ 10 % pour les travaux d’éducation de peuplement, comme le débroussaillage.

Dans un contexte où la crise forestière persiste, la Fédération estime que ces ajustements risquent d’aggraver la situation plutôt que de soutenir les entreprises.

Maxime Vassal, directeur général de la coopérative Abifor, en Abitibi-Ouest, déplore un manque d’écoute de la part du gouvernement.

« Le gouvernement et le ministre font preuve d’un grave manque de considération à l’égard de la sylviculture. Plusieurs entreprises ne passeront pas à travers », affirme-t-il. La Fédération demande plutôt au gouvernement de se baser sur des enquêtes de coûts de rentabilité afin d’assurer la viabilité des entreprises du secteur.

 

Québec se défend

Du côté du gouvernement, on rejette les critiques concernant une baisse des budgets. Contacté par MédiAT, le cabinet du ministre des Ressources naturelles et des Forêts indique qu’une hausse de 4 M$ est prévue pour les travaux sylvicoles non commerciaux.

L’attachée de presse du ministre, Noamy Martin, rappelle que les entreprises sylvicoles sont des fournisseurs privés du gouvernement et que les contrats sont attribués à 70 % de manière garantie, tandis que 30 % sont soumis à des appels d’offres. « Il est faux de prétendre que nos budgets sont en baisse. Toutefois, lorsque le contexte budgétaire nécessite des ajustements, le gouvernement ne crée pas de programme pour compenser les contrats qui ne sont pas octroyés », précise-t-elle.

 

Contrats toujours bloqués

À cette pression financière s’ajoute une incertitude majeure sur le terrain. Alors que la saison approche, aucun contrat n’a encore été attribué aux entreprises sylvicoles. Le processus est actuellement paralysé en raison de plaintes déposées à l’Autorité des marchés publics concernant Rexforêt, responsable de l’octroi des contrats.

Habituellement, à ce moment de l’année, les entreprises ont déjà amorcé leurs travaux et complété une bonne partie du recrutement.

« On ne sait pas quels secteurs nous seront attribués, ni les budgets. On est complètement bloqués », explique M. Vassal. Cette situation pourrait retarder le début des travaux de reboisement et compromettre une partie de la saison.

 

 

Pression politique

La situation fait également réagir sur la scène politique. La députée péquiste de Chicoutimi et porte-parole en matière de forêts, Marie-Karlynn Laflamme, dénonce les compressions prévues dans le dernier budget.

« Ce sont 24 M$ de moins en 2026-2027 par rapport à l’année précédente. Ces coupes vont faire mal aux régions », soutient-elle.

Elle presse le gouvernement d’agir rapidement pour débloquer les appels d’offres, évoquant près de 190 M$ de travaux menacés pour l’été 2026. La députée propose notamment de transférer temporairement le processus d’appel d’offres au système électronique du gouvernement, le temps que la situation soit clarifiée par l’Autorité des marchés publics.

 

Une saison à risque

Avec des tarifs à la baisse et des contrats toujours en suspens, l’industrie sylvicole se retrouve dans une situation précaire à l’aube d’une période cruciale. Un retard dans le démarrage des travaux pourrait rendre difficile la réalisation complète des opérations avant l’hiver.