Une cinquantaine de manifestants, employés et bénévoles des organismes communautaires dans Amos-Harricana, ont pris la rue sur l’heure du dîner du 2 avril, à Amos, pour clamer haut et fort qu’ils sont « à boutte! ».
Cindy Chalifoux est l’une des porte-paroles du mouvement communautaire « À boutte » dans la MRC d’Abitibi. Elle nous explique pourquoi le milieu communautaire en est rendu à cet état.
« Actuellement, nous sommes financés à 60 % de nos missions respectives, a-t-elle d’abord mentionné. 20 % des travailleurs du milieu communautaire sont eux-mêmes en situation de pauvreté. Les organismes peinent à payer leurs employés à l’année ou à offrir un salaire décent et compétitif. Il y a de plus en plus de gens en fatigue chronique, mais qui refusent de prendre congé parce qu’ils s’inquiètent pour leur clientèle. »

Ajuster le financement au coût de la vie
Le financement doit donc être ajusté pour permettre de rétablir un climat plus sain. « Cette année, on a eu droit à une annonce de 20 M$ à se partager entre 3600 organismes, a déploré Mme Chalifoux. Il ne reste que 6000 $ à chacun. » Au fil des années, l’indexation du financement n’a pas suivi le coût de la vie. « Nous sommes donc toujours plus pauvres », a-t-elle conclu.
Peu de considération de la ministre
Les propos des élus du gouvernement caquiste ne font que dégrader davantage la situation dans laquelle se trouvent les travailleurs et bénévoles du milieu communautaire.
La ministre de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau, a dépassé les bornes en affirmant à l’Assemblée nationale que le gouvernement « en faisait déjà assez » pour le communautaire. Le regroupement a d’ailleurs procédé, symboliquement, à son congédiement et espère que le prochain premier ministre en fera autant lors d’un remaniement.
La crainte exprimée par la prétendante au poste de première ministre, Christine Fréchette, exaspère tout autant. Selon elle, donner plus d’argent au communautaire pourrait diminuer leur dévouement.
La population sensibilisée
Après près de deux semaines de mobilisation, les porte-paroles gardent le moral malgré la sourde oreille et les propos du gouvernement.
« D’abord, on a eu une très bonne réponse des organismes qui se sont mobilisés, a souligné l’un des porte-paroles et intervenant à l’Accueil d’Amos, Dave Longpré. Au total, 150 personnes ont participé et les citoyens ont bien répondu. Ils ont compris et ont posé des questions sur les raisons de la grève. La majorité nous soutenait là-dedans. »
Chose assez rare, les cinq chambres de commerce de l’Abitibi-Témiscamingue ont exprimé leur soutien envers le milieu communautaire et ses demandes.
Des besoins toujours plus grands
Comme intervenant à l’Accueil d’Amos, Dave Longpré est déçu du manque d’écoute et du niveau de préoccupation du gouvernement envers le milieu communautaire.
« Sur le terrain, je vois la réalité et les besoins qui augmentent de plus en plus chaque année, a-t-il déploré. Les augmentations accordées ne sont pas ajustées aux besoins réels. 6000 $ de plus, ce n’est pas suffisant pour engager des gens et répondre aux besoins de la population. »

Plusieurs organismes au Québec ont dû cesser leurs activités. Si un organisme comme l’Accueil devait cesser de soutenir ses usagers, ce serait catastrophique. « Nous sommes déjà en crise du logement, a-t-il rappelé. J’imagine difficilement les répercussions que cela pourrait avoir. On parle d’hébergement, de soutien aux familles, aux jeunes… Le communautaire est le filet social de la population. Chaque catégorie de personnes est touchée par cela. »