Mercredi, 1er avril 2026

Protection du territoire : Pikogan veut plus que de simples aires protégées

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Mathieu Proulx
Mathieu Proulx
Médiat – Initiative de journalisme local (IJL)
Le directeur territoire et environnement, Benoit Croteau, Chantal Kistabish, cheffe de la Première Nation Abitibiwinni et Pier-Olivier Boudreault de la SNAP Québec étaient tous très fiers de la présentation du Plan protection de la culture et d'Atik de Pikogan. Photo : Mathieu Proulx
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Après plus de 10 ans de labeur, le Conseil de la Première Nation Abitibiwinni (CPNA) a rendu public son tout premier Plan de protection de la culture autochtone et d’Atik, nom anishnabé pour désigner le caribou.

Lors d’un point de presse, le CPNA a dévoilé un plan ambitieux qui vise non seulement à désigner des aires protégées sur ses territoires ancestraux, mais aussi à encadrer l’activité économique en respectant les valeurs de la communauté et à favoriser les pratiques culturelles en plus de protéger l’habitat du caribou forestier.

«Ce plan de protection démontre l’engagement de la Première Nation Abitibiwinni à assurer notre rôle d’intendance sur le territoire ainsi qu’exercer pleinement nos droits et responsabilités de gardiens du territoire, a déclaré la cheffe de Pikogan, Chantal Kistabish. Les Abitibiwinnik entretiennent une relation profonde avec leur territoire et c’est ce lien que nous souhaitons préserver pour les générations actuelles et futures.» 

Le territoire visé, au nord de la communauté de Pikogan, totalise 6 120 km2. La proposition évoque trois niveaux de restrictions. Les zones en vert (3320 km2) demandent une protection stricte d’aire protégée et donc, une absence d’industrie et la permission de l’utilisation du territoire. En orange, les territoires seront frappés de certaines restrictions. En rouge, des exigences dites générales sont demandées. Par exemple, aucun nouveau projet de mine à ciel ouvert, prévoir des ententes avec la Première nation Abitibiwinni et privilégier ses entreprises.

Le territoire ancestral visé par le Plan de protection de la culture et d'ATIK de la communauté Abitibiwinni au nord de Pikogan et divisé en trois zones distinctes. 

Un travail colossal

Comme l’a expliqué le directeur Territoire et Environnement pour le CPNA, Benoit Croteau, le Plan de la PNA s’appuie sur une collaboration de plusieurs partenaires, dont les gouvernements, les universités et les instituts de recherche. Au Total, une dizaine de projets d’acquisition de connaissance ont été menés avec eux. On a étudié les oiseaux nordiques, les stocks de carbone et le caribou forestier notamment. Des rencontres de concertation ont également eu lieu avec les acteurs forestiers et miniers pour favoriser la conciliation durable entre conservation et activités économiques. 

En plus de tout ça, le savoir des membres de la communauté Abitiwinnik a été pris en compte dans l’analyse fondée sur les principes et les valeurs qui guident les Abitibiwinnik Aki. 

«Nous, on ne voulait pas seulement présenter des aires protégées, a spécifié Benoit Croteau.  On veut un Plan de protection qui tient compte également des activités économiques. On a élaboré le plan en trois niveaux. Présentement, il n’y a pas de dispositions légales en ce sens-là, mais la portion économique est aussi importante.»

 

Concilier économie et environnement

Toujours selon M. Croteau, il est important d’encadrer les pratiques de l’industrie pour faire respecter l’environnement. «Par exemple, l’industrie forestière travaille lorsque le territoire est accessible en été indépendamment de la nidification des oiseaux», a-t-il précisé. Il y a donc une demande en ce sens-là dans le Plan du CPNA. Le niveau 2 implique certaines limitations alors que le niveau 3 est plus permissif à l’industrie.

Le directeur de la conservation pour la Société pour la nature et les parcs - SNAP Québec, Pier-Olivier Boudreault, a accompagné Pikogan dans le développement de son Plan. « Les équilibres naturels du territoire boréal ont été bouleversés par des décennies d’exploitation intensive et de décisions prises sans le consentement des Premières Nations, a-t-il déclaré lors du dévoilement. La Première Nation Abitibiwinni démontre concrètement son leadership en faisant le lien entre la préservation de la culture, la santé du territoire et celle du caribou.» 

Le Conseil présentera son plan gouvernement au début d’avril. Ils émettent le souhait que ce Plan puisse être approuvé en totalité et non pour la seule considération des aires protégées. « Les études démontrent que le caribou a besoin de vastes espaces pour sa pérennité, a conclu M. Croteau. Nous sommes confiants d’atteindre nos objectifs avec cette proposition.» 

 

L’Action boréale se réjouit

Le président de l’Action boréale de l’Abitibi Témiscamingue, Henri Jacob, a assisté à la présentation du Plan de la communauté Abitibiwinni. Il s’est dit enthousiaste face à cette vision. 

«C’est une très bonne chose pour le caribou parce qu’avec ce plan-là, on vient protéger non seulement le caribou, mais toutes les ressources et l’habitat, a-t-il souligné. Je trouve ça super intéressant parce qu’il y a 13 hardes de caribous au Québec et celle au nord de La Sarre est l’une des rares qui a encore des chances de survie.»