Vendredi, 29 mai 2026

École Natagan : Les maires de la MRC d'Abitbi demandent un sursis à la ministre Lebel

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Mathieu Proulx
Mathieu Proulx
Médiat – Initiative de journalisme local (IJL)
Bien que le conseil d'administration du Centre de services scolaires Harricana ait entériné la décision, les maires de la MRC d'Abitibi demande un suris d'un an à la ministre de l'Éducation pour reporter la réorganisation des services à Barraute. Photo : Archives/MédiAT
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Les maires et mairesses de la MRC d’Abitibi ont demandé unanimement un sursis d’un an dans le dossier du transfert des élèves de 4e et 5e secondaire de l’école Natagan.

Dans une lettre transmise à la ministre de l’Éducation, Sonia Lebel, Sébastien D’Astous ainsi que les maires et mairesses de la MRC d’Abitibi étalent leurs inquiétudes quant à la réorganisation des services éducatifs à Barraute en vue de la prochaine année scolaire.

Pour eux, le transfert des élèves de 4e et 5e secondaire vers Amos ainsi que l’intégration des élèves de 5e et 6e année du primaire vers l’école Natagan ne peuvent être justifiés uniquement que par des considérations budgétaires.

Une attaque envers les petits milieux

Pour les maires et mairesses, cette décision constitue un « coup de fouet » supplémentaire dans la diminution des services de proximité dans les communautés rurales de la MRC d’Abitibi. Ils rappellent notamment la décision de fermer et de ne pas reconstruire l’école primaire de Launay à l’automne 2025.

Les élus s’interrogent également sur le mécanisme de « déboulage », qu’ils estiment nuisible aux institutions des petits milieux. Ils questionnent aussi la courte période de consultation de seulement sept semaines.

Le préfet et maire d’Amos, Sébastien D’Astous, estime donc nécessaire d’appuyer la demande de la communauté afin d’obtenir un sursis d’un an pour mettre en place des projets éducatifs locaux porteurs.

« Il s’agit d’une décision collective des maires de la MRC, a ajouté le préfet Sébastien D’Astous en entrevue. Il s’agit de dévitalisation. On souhaite avoir plus de temps pour analyser le dossier. Il faut protéger le tissu social de nos localités. »

Décision trop rapide

« Bien que la MRC d’Abitibi ait toujours entretenu d’excellentes relations avec le Centre de services scolaire Harricana (CSSH) et que nous comprenions l’importance pour eux de respecter un cadre budgétaire, nous dénonçons le fait qu’une telle décision repose principalement sur des prémisses économiques », peut-on lire dans la lettre dont MédiAT a obtenu copie.

« En tant que décideurs, nous demandons que le CSSH et le ministère considèrent l’ensemble des impacts sociaux, économiques et territoriaux dans leur prise de décision. »

Plus loin, les élus questionnent le fait que l’Indice de milieu socio-économique (IMSE) de Barraute soit passé de 10 à 7. Cette diminution « engendre une baisse de financement paradoxale et une réduction des allocations de soutien, alors que les besoins sur le terrain demeurent criants ».

« La fermeture de niveaux scolaires au sein de nos municipalités rurales ne représente pas qu’un simple ajustement logistique ou administratif : elle constitue un vecteur direct de dévitalisation de nos territoires, poursuit-on dans la lettre. La situation spécifique de Barraute doit impérativement être mise en perspective avec sa distance par rapport à la ville-centre, Amos, ainsi qu’avec l’immensité de notre territoire et nos réalités régionales uniques. Les jeunes devront parcourir 40 km matin et soir dans un trajet d’autobus d’une heure. »

Trois démissions au conseil d’administration

Visiblement, la décision rendue par les administrateurs lors de la séance du conseil d’administration du Centre de services scolaire Harricana (CSSH) est loin de faire l’unanimité.

Bien que le vote soit demeuré secret, selon des sources bien au fait du dossier, deux administrateurs,  ont démissionné à la suite d’une séance à huis clos. Un troisième entendrait également le faire prochainement.

Rejoint par téléphone, Philippe Angers a accepté de partager les raisons qui l’ont amené à démissionner de son rôle d’administrateur. D’abord, il a tenu à préciser qu’à aucun moment il ne remet en question l’intégrité ni la bonne foi des individus et de l’organisation du CSS Harricana.

Toutefois, après avoir digéré les événements du 4 mai dernier et partagé son ressenti avec ses anciens collègues, ses valeurs personnelles l’ont simplement amené à prendre cette décision.

« Il était nécessaire de réfléchir davantage »

« Je n’étais pas à l’aise avec la façon dont le processus a été mené, a-t-il affirmé en entrevue. Je précise qu’au niveau du processus, je ne remets pas en cause le caractère légal et réglementaire de celui-ci. (...) Je pense que tout a été fait de manière conforme. Devant la situation de Barraute, il était toutefois nécessaire de réfléchir davantage. »

L’administrateur démissionnaire se dit également favorable au statu quo et  à la proposition d’un sursis d’un an.

« Devant la qualité, la quantité et la diversité des interventions, je me voyais mal leur couper l’herbe sous le pied, a-t-il poursuivi au sujet de la mobilisation citoyenne. À mon avis bien personnel, je trouvais que les propositions étaient pertinentes. »

M. Angers aurait aimé que la mobilisation survienne plus tôt, mais estime que, placée au pied du mur, la communauté a démontré sa capacité à se mobiliser.

M. Angers rappelle également que les administrateurs avaient une lourde tâche et beaucoup de documentation à analyser dans un aussi court laps de temps.

« Je comprends qu’étirer davantage le processus aurait pu devenir mentalement exigeant, mais nous aurions pu tendre vers un juste milieu, a-t-il ajouté. Moi, je savais pourquoi je penchais vers le statu quo, mais je n’avais aucune idée du ressenti de mes collègues parce que nous n’avons pas pris le temps d’en discuter. »

Réponse du cabinet de la ministre Lebel  et du CSS Harricana 

« De telles décisions relèvent des CSS et elles doivent reposer sur des fondements sérieux, a déclaré le cabinet de la ministre de l’éducation. Compte tenu de la situation, la ministre LeBel a demandé que ses équipes prennent contact avec les gestionnaires responsables sur le terrain pour discuter de la situation. »

Par courriel, L’équipe des communications du CSS Harricana nous a confirmé avoir pris connaissance des nouvelles communications des maires et s’engagent à réunir son conseil d’administration. « Une mise à jour sera communiquée à la suite de cette rencontre », a-t-on ajouté.

« Nous avons pris connaissance des communications de la MRC et nous prenons la situation très au sérieux, a déclaré la directrice générale, Nancy Létourneau. Notre conseil d’administration se réunira dans les meilleurs délais pour examiner la situation ensemble et décider des prochaines étapes. »

Finalement, Le CSSH rappelle que sa priorité demeure la réussite et le bien-être de tous les élèves de son territoire, et qu’il continuera d’agir avec rigueur et transparence dans ce dossier.