Glencore a obtenu la confirmation d’un délai supplémentaire de deux ans pour atteindre la cible de 15 ng/m³ d’arsenic dans l’air à Rouyn-Noranda. Si le milieu économique accueille favorablement cette décision, une partie de la population demeure profondément divisée et cynique quant à la volonté de l’entreprise de respecter ses engagements.
Le projet de loi a été adopté jeudi dernier (11 juin), suscitant de nombreuses réactions dans les milieux économique et politique, mais également chez les citoyens et les travailleurs.
Par voie de communiqué, la multinationale a accueilli favorablement l’adoption du projet de loi. Selon elle, celui-ci offre un cadre réglementaire stable aux activités de la Fonderie Horne jusqu’en 2033.
Il s’agit de la stabilité réclamée depuis plusieurs mois afin de permettre la reprise des travaux de réduction des émissions atmosphériques.
« Nous sommes heureux d'annoncer aujourd'hui que nous reprenons dès maintenant, de manière progressive, nos investissements dans les projets de réduction des émissions à la Fonderie Horne », a déclaré le chef des opérations des actifs métallurgiques, Marc Bédard.
I poursuit : « Nous saluons le rôle du gouvernement du Québec pour la stabilité réglementaire qu'il a su apporter. Ces projets, une fois achevés, consolideront la position de la Fonderie Horne parmi les fonderies de cuivre les plus performantes au monde sur le plan environnemental. »
Le maire s'attend à des investissements rapides
Le maire de Rouyn-Noranda, Gilles Chapadeau, s’attend maintenant à ce que Glencore respecte ses engagements.
« Il faut maintenant investir massivement, comme l'entreprise avait indiqué qu'elle le ferait une fois la stabilité réglementaire obtenue, a-t-il déclaré. On s'attend à entendre Glencore annoncer des investissements. Les conversations que j'ai eues me confirment qu'elle entend respecter l'ensemble de ses engagements. »
M. Chapadeau affirme avoir déjà constaté certains travaux préparatoires sur le site de la Fonderie.
« Nous allons avoir besoin d’un calendrier d’investissements pour connaître le déroulement de tout ça, a-t-il ajouté. Ils se sont aussi engagés à être transparents avec la population. »
La Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda (CCIRN) s’est également réjouie de la confirmation d’un horizon de prévisibilité de sept ans pour la Fonderie Horne. Elle rappelle l’importance économique de l’entreprise avec ses quelque 600 emplois directs et 1 200 emplois indirects.
« Une étape importante vient d’être franchie et nous souhaitons maintenant que la Fonderie Horne investisse et prenne rapidement les actions nécessaires afin de continuer à tendre vers les cibles établies », a déclaré le président de la CCIRN, Éric Beaupré.
Une confiance toujours fragile
Du côté de la population, les Mères au front de Rouyn-Noranda n’avaient pas le cœur à la fête.
Pour elles, l’adoption du projet de loi 11 condamne la population à demeurer exposée plus longtemps à des concentrations élevées d’arsenic, de plomb et de cadmium. Elles déplorent également qu’aucun échéancier ne soit prévu pour atteindre la norme provinciale de 3 ng/m³.
« C’est très décourageant, a lancé Céline Lafontaine. Depuis 100 ans, l’enjeu demeure le même : les considérations économiques sont constamment mises en opposition avec les besoins fondamentaux de la population. »
Pour Mme Lafontaine, la confiance envers Glencore demeure très faible.
« L’entreprise nous a démontré à plusieurs reprises que ses intentions ne suffisent pas. Les promesses ne sont jamais tenues. Alors non, je n’ai pas confiance. »
Le maire Gilles Chapadeau reconnaît pour sa part que la confiance devra être rebâtie.
« Je sais que les gens sont inquiets, mais les investissements sont nécessaires pour améliorer la situation et nous allons les avoir, a-t-il affirmé avec optimisme. Les gens seront rassurés lorsque les travaux progresseront. »
Malgré tout, les Mères au front assurent qu’elles poursuivront leurs démarches afin de maintenir la pression sur Glencore pour qu’elle atteigne les seuils acceptables d’émissions. Mme Lafontaine affirme demeurer profondément attachée à Rouyn-Noranda.
« On continue de croire qu’il faut garder un œil sur l’entreprise et sur les décisions gouvernementales, a-t-elle poursuivi. Nous ne souhaitons pas la fermeture de la Fonderie, mais nous voulons que la situation se règle de façon proactive. »
Une dernière chance?
Cette prolongation pourrait représenter l’ultime occasion pour Glencore de se conformer aux exigences environnementales. Plusieurs estiment que la suite pourrait être déterminante si les engagements ne sont pas respectés.
« Comme mentionné au conseil municipal en février, l’objectif est de donner un cadre plus serré à l’entreprise, a rappelé Mme Lafrance. J’ose espérer que les conditions ne seront plus renégociables comme elles l’ont été au cours des dernières années. Il faut éventuellement en arriver à un ultimatum : soit la Fonderie respecte ses engagements, soit il faudra envisager sa fermeture. »
À mots à peine couverts, le maire Chapadeau admet lui aussi qu’il ne pourra pas y avoir d’éternelles prolongations.
« J’ai surtout confiance dans les gens qui travaillent ici, à Rouyn-Noranda. Ils veulent améliorer les choses et plusieurs travaux ont déjà été réalisés. Nous sommes passés d’environ 2 000 ng/m³ à 45 ng/m³. J’ai confiance que les choses vont continuer de s’améliorer. »
Ottawa maintenant interpellé
D’autre part, Glencore rappelle que l’intensification de la concurrence mondiale, la hausse des droits de douane et les perturbations des chaînes d’approvisionnement renforcent l’importance stratégique de la seule fonderie de cuivre au Canada.
Si le gouvernement du Québec a offert une stabilité réglementaire, Marc Bédard estime maintenant que le gouvernement fédéral doit faire sa part.
Il souhaite un « geste décisif » afin de concrétiser l’engagement du Canada à faire des minéraux critiques une priorité stratégique.
« La stabilité réglementaire fournie par le gouvernement du Québec, de même que les programmes ciblés existants, témoignent de l’importance que la province accorde à la filière cuivre », a déclaré M. Bédard.
« Le soutien du gouvernement fédéral est essentiel pour permettre les investissements qui assureront l’avenir de la dernière fonderie et affinerie de cuivre au pays. »
Le Syndicat des Métallos, qui représente 350 travailleurs de l’affinerie CCR de Montréal-Est, a abondé dans le même sens après avoir salué l’adoption du projet de loi 11.
« L’avenir de la filière du cuivre est particulièrement important en cette ère de développement technologique, alors que le Québec et le Canada doivent se doter d’une stratégie industrielle complète », a affirmé le directeur québécois des Métallos, Nicolas Lapierre.
« Il est important que le Canada puisse recycler ici le cuivre et transformer la matière première nécessaire à tant de composantes. »
Marc Picard n’était pas disponible cette semaine pour répondre à nos questions supplémentaires.