Il faut d’abord accepter de sortir des sentiers battus pour découvrir Beltane, la feste païenne, la nouvelle production du Cirque Collini. Et le détour en vaut largement la peine.
C’est en plein cœur de la forêt, sur le site du Centre plein air du Lac-Flavrian, à Rouyn-Noranda, que le spectacle prend vie. Un cadre magnifique qui contribue à lui seul à l’expérience. La route pour s’y rendre peut sembler longue, mais une fois sur place, elle fait partie de l’aventure.
Dès l’entrée, le spectateur est accueilli par les personnages et invité à entrer dans cet univers inspiré du Moyen Âge et des événements Grandeur nature (GN). Premier rituel : formuler un souhait qui nous est cher avant de l’accrocher dans les arbres. Une idée toute simple, mais qui permet immédiatement au public de devenir partie prenante de l’expérience.
Une courte marche mène ensuite au site principal, où plusieurs kiosques accueillent les visiteurs avec des produits locaux. La fameuse poutine aux champignons forestiers de Vers forêt, les glaçons du Pays d’Émilise-Lessard-Therrien, les churros et la bière du Prospecteur permettent de patienter et de prolonger cette immersion dans le village médiéval de Beltane.

Une histoire qui prend vie
L’histoire de Beltane repose sur la rencontre de ses différents clans réunis pour une grande fête. Mais la célébration prend rapidement une tournure beaucoup plus sombre : les dommages causés à la planète ont provoqué la colère des dieux.
Pour obtenir leur pardon, un sacrifice devra être fait.
Qui survivra?
Le maître de cérémonie, David Fleury, accomplit un travail particulièrement efficace pour guider le public à travers cette histoire. Il contextualise les différentes scènes, présente les personnages et permet de suivre plus facilement les nombreux éléments qui composent cet univers.

Une tâche essentielle dans une production aussi riche, parce qu’il faut l’avouer : l’auteur de ces lignes n’aurait certainement pas réussi à retenir par cœur le nom de tous les personnages!
La force du Cirque Collini
Sur le plan circassien, le Cirque Collini démontre une fois de plus son savoir-faire. Les numéros sont impressionnants, mais surtout bien intégrés à la trame narrative. Ils ne semblent pas simplement juxtaposés à l’histoire : ils contribuent à la raconter.
Les performances sont ponctuées de numéros de danse de l’école Danzhé de Rouyn-Noranda, qui ajoutent une autre dimension à la production.
Les costumes méritent également une mention. Leur qualité contribue fortement à l’immersion et permet au public de basculer rapidement dans cet univers médiéval et fantastique.
Le main à main, véritable spécialité des Collini, demeure toutefois l’un des moments forts de la soirée. Les artistes proposent des chorégraphies dynamiques, impressionnantes et parfaitement ficelées. La difficulté des mouvements est évidente, mais l’exécution demeure suffisamment fluide pour laisser toute la place au spectacle.

Autre coup de cœur : le numéro avec les chevaux.
La complicité entre l’animal et sa cavalière impressionne à coup sûr. L’adresse de cette dernière, qui tire en l’air depuis sa monture, ajoute une bonne dose de spectaculaire à un numéro qui réussit à capter l’attention du public.
Quand la nuit tombe, le feu entre en scène
Après un court entracte, le public doit patienter quelque peu afin de permettre à la nuit de s’installer. Et cette attente est loin d’être un défaut.
Lorsque la noirceur tombe sur le site du Lac-Flavrian, le spectacle prend une tout autre dimension. Le feu entre alors dans la danse.
La jonglerie enflammée et les cracheurs de feu impressionnent grandement et apportent une intensité supplémentaire aux dernières scènes. Dans ce décor naturel, entouré d’arbres et plongé dans l’obscurité, les flammes renforcent le caractère presque rituel de la production.
Puis vient la scène finale.
Et puisque le plaisir réside aussi dans la découverte, aucun punch ne sera dévoilé ici.
Une production qui mérite de grandir
La grande force de Beltane, la feste païenne, est peut-être justement de ne pas se limiter à un spectacle de cirque : C’est une expérience.
Le déplacement en forêt, l’accueil des personnages, le souhait accroché dans les arbres, les produits locaux, les costumes, la danse, les performances circassiennes et le feu forment un tout cohérent qui permet au public de décrocher complètement du quotidien.
Et le public semble avoir répondu présent : le spectacle a été présenté à guichet fermé toute la semaine.
Nul ne sait encore de quoi sera fait l’avenir de cette production ou jusqu’où elle pourrait se rendre. Mais une chose apparaît déjà clairement : le cirque abitibien détient avec Beltane un projet digne des plus grands cirques.
Avec son univers immersif, ses artistes, la qualité de ses numéros et la force du site qui l’accueille, la production possède plusieurs des ingrédients nécessaires pour continuer de grandir.
Peut-être même pour sortir de la forêt.
Car si le Cirque Collini parvient à poursuivre son développement, Beltane pourrait bien n’être que le début d’une aventure beaucoup plus grande.
Pour l’instant, une chose est certaine : la route vers le Lac-Flavrian valait le détour.
La dernière représentation est prévue ce dimanche à 19h30. Elle affiche déjà complète.