Le développement de nouveaux terrains en bordure de la rivière Harricana, à Amos, face au cimetière de Pikogan, inquiète la Première Nation Abitibiwinni, qui demande d’être consultée davantage par rapport au projet.
Par voie de communiqué, à la suite d’une intervention de son directeur du territoire et de l’environnement au conseil municipal d’Amos, le conseil de la Première Nation Abitibiwinni a exprimé de vives préoccupations à l’égard d’un projet domiciliaire qui prolongerait le secteur du Précieux-Sang, à l’extrémité nord de la 1re Rue Est, en bordure de la rivière Harricana, face au site de sépulture de la Première Nation Abitibiwinni.
Le Conseil de la Première Nation Abitibiwinni, ou CPNA, déplore ne pas avoir été consulté par le promoteur ni par la Ville d’Amos, « malgré qu’elle ait appuyé la démarche liée à ce projet ».
Le conseil s’inquiète notamment des usages du territoire visé par le projet, un secteur fréquenté depuis plusieurs années par des membres de la communauté, notamment pour la chasse à l’outarde, la pêche et le canot.
« Pour le CPNA, le fait qu’un terrain soit situé dans un périmètre urbain et qu’il soit de propriété privée ne signifie pas que les usages, les droits et l’importance culturelle de ce territoire pour les Abitibiwinnik doivent être écartés », a affirmé la cheffe du CPNA, Chantal Kistabish.
Terrain privé
Visiblement surpris par les préoccupations soulevées, le maire d’Amos, Sébastien D’Astous, s’est voulu rassurant.
Il a rappelé que le secteur concerné se trouve toujours à l’intérieur du périmètre urbain de la Ville d’Amos et que le terrain est privé.
Contacté par MédiAT, le lendemain du conseil, M. D’Astous a tenu a faire mea culpa. « Bien que tout soit réglementaire, j’aurais dû prendre le téléphone et amorcer les discussions avec la communauté, a-t-il avoué. J’aurais dû communiquer l’importance du vivre ensemble au promoteur. La 1ère phase a tellement bien été, on ne s’attendait tout simplement pas à des problématiques.»
M. D’Astous affirme avoir eu un échange avec la cheffe, Chantal Kistabish et qu’une rencontre avec le promoteur aura lieu bientôt pour rattraper le temps perdu.
Toujours selon M. D’Astous, à la base, le schéma d’aménagement est adopté par la MRC d’Abitibi depuis 30 ans. Il a été modifié, modernisé et des consultations ont eu lieu au fil des années. La Ville avait la volonté de développer ce secteur dans le mesure où le promoteur privé avait la volonté de faire un projet.»
Toujours selon le maire, on parle ici d’une 2e phase soit la prolongation de la rue Plante développée en 2018. «Entre 2018 et 2022, tous les terrains se sont vendus, a-t-il poursuivi. Les gens se sentent dans le urbain-rural. Le promoteur avait la volonté de faire une 2e phase.»
Au total, 23 terrains sont projetés pour cette 2e phase dont quelques-uns en bordure de la rivière. « L’une des préoccupations que l’on avait était de maintenir l’accès à la berge, a souligné M. D’Astous. On souhaite un accès public pour aller en canot et en kayak par exemple.» Il n’est toutefois pas question d’aménagements sur la rivière.
L’accès à la rivière est aussi façon de rassurer les citoyens de la rue Plante actuel qui ont, selon lui, partagé quelques irritants de voir se créer 23 terrains supplémentaires. Il y a un certain sentiment de perte de jouissance dans leur quartier. « Il fallait donc s’assurer de leur garantir un accès à la rivière public.», a poursuivi M. D’Astous
Un territoire ancestral majeur pour les Abitibiwinni
Pour le conseil, le territoire représente beaucoup plus qu’une valeur foncière ou qu’un potentiel de développement résidentiel.
Le terrain se situe à proximité du cimetière de Pikogan, de l’autre côté de la rivière, et de plusieurs lieux d’importance historique, notamment une île où se trouvait autrefois un gardien du territoire.
Le maire Sébastien D’Astous a assuré vouloir obtenir une rencontre avec la cheffe de Pikogan afin de discuter du dossier.
Plus de transparence souhaitée
L’Amossois d’origine Rodrigue Turgeon, avocat de formation, a lui aussi questionné les élus sur le projet.
« En tant que personne qui a grandi à Amos, je souhaiterais en connaître davantage sur ce projet, tant du côté du promoteur que de la Ville. Avez-vous pensé développer un réseau d’aqueduc, un réseau d’eaux usées? Quel est le plan et votre vision derrière ça? Ensuite, on aimerait connaître les promoteurs derrière ça et depuis combien de temps vous avez des discussions avec eux », a-t-il demandé.
Les Abitibiwinni s’inquiètent également de l’implantation éventuelle d’un quai et d’infrastructures riveraines.
« Nous devons nous assurer que le développement ne compromette pas des lieux qui ont une valeur culturelle, historique ou archéologique pour notre communauté. Ce sont des éléments qui doivent être considérés avant que le développement ne soit autorisé ou concrétisé », a souligné le vice-chef du CPNA, James Cananasso.
Un projet de longue date
Le conseil reconnaît les responsabilités de la Ville d’Amos en matière d’aménagement du territoire, mais estime que celles-ci devraient s’exercer dans le cadre d’une démarche de dialogue et de consultation lorsque des secteurs importants pour les Abitibiwinnik sont concernés.
« Je m’engage à amorcer des discussions avec le conseil de bande. De notre côté, on n’a pas eu d’informations qu’il s’agissait d’un projet problématique. Comme ville, on essaie toujours de créer des terrains près des milieux de villégiature qui sont attractifs pour les citoyens », a affirmé Sébastien D’Astous.
Toujours en séance du conseil, le conseiller responsable du dossier de l’urbanisme, Pierre Deshaies, a poursuivi dans le même sens.
« Il s’agit d’un projet qui est dans les cartons depuis un bon moment. Il n’y a pas d’autres développements prévus dans le secteur. Au-delà de ça, ça dépasse les limites développables », a-t-il indiqué.
Un site de qualité à protéger
En conclusion, Rodrigue Turgeon a rappelé l’importance du secteur pour plusieurs membres de Pikogan, mais aussi pour des citoyens d’Amos.
Contacté par MédiAT, M. Turgeon s’est dit étonné que les élus ne soient pas plus conscients de la beauté du lieu et de l’importance de préserver cet espace.
« Encore, il y a quelques semaines, j’ai été invité par des jeunes de La Calypso pour une excursion en canot de l’agora naturelle jusqu’au site en question. C’est un site magnifique. Chaque fois que j’y vais, je vois toujours des Abitibiwinni qui profitent du lieu », a-t-il témoigné.
Il a finalement rappelé que la Ville d’Amos pourrait, selon lui, disposer de certains pouvoirs pour intervenir dans le dossier, notamment par l’adoption d’un règlement ou par l’expropriation, si cela était jugé nécessaire dans l’intérêt de la protection des milieux hydriques.