La Conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue réclame une meilleure redistribution de la richesse générée par les ressources naturelles et un rattrapage majeur en matière d’investissements publics. La CPAT demande aux candidats aux prochaines élections de porter les enjeux régionaux à l’avant-plan et de s’engager à reconnaître les besoins particuliers de l’Abitibi-Témiscamingue.
La Conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue en a assez de ne pas recevoir « sa juste part ». En conférence de presse mardi, le président de la CPAT, Gilles Chapadeau, a appelé les candidats et candidates aux prochaines élections à porter la voix de la région et à faire des enjeux locaux une priorité.
« Jusqu’à maintenant, la campagne se déroule davantage sur la scène nationale. On parle même plus de Donald Trump que de nos difficultés, a déploré Gilles Chapadeau. Je m’attends à ce qu’on ait aussi une campagne locale. Il faut parler des enjeux locaux. »
Un rattrapage majeur en infrastructures
La priorité numéro un identifiée par les préfets concerne les investissements publics. Gilles Chapadeau réclame un important plan de rattrapage pour la région.
« Nous demandons un plan de rattrapage costaud en termes d’investissements publics, a-t-il insisté. Un exemple frappant est celui de l’hôpital d’Amos, où les travaux sont prévus en 2029 pour accueillir un premier patient en 2026. Pour la région, on voit un manque de respect du gouvernement actuel et de ceux qui se sont succédé. »
Les préfets demandent donc un plan d’action robuste pour assurer le maintien des infrastructures de santé et des services de proximité, l’entretien des routes et le transport, ainsi que les infrastructures sportives et de loisirs et le logement.
« Il ne s’agit pas de demander la charité, mais plutôt l’équité », a insisté M. Chapadeau.
25 % des redevances minières pour la région
La préfète de la MRC de La Vallée-de-l’Or, Nathalie-Ann Pelchat, a présenté les ressources naturelles comme la deuxième priorité de la Déclaration de l’Abitibi-Témiscamingue.
Malgré 1,7 milliard de dollars en revenus fiscaux issus des activités minières, l’étude d’Aviséo confirme, selon les préfets, que la région ne reçoit qu’une infime partie des redevances perçues par Québec.
« Nous proposons la création d’un fonds régional géré par la région et financé par 25 % des redevances minières perçues sur les exploitations en région, a déclaré Mme Pelchat. Ce fonds viendrait financer des projets structurants et agir directement sur les impacts des exploitations dans les communautés d’accueil. »
Sur le plan forestier, les préfets souhaitent également un plan d’action robuste pour répondre aux nombreuses fermetures d’usines survenues au cours des dernières années.
Une meilleure gestion de la ressource hydrique
La ressource hydrique doit également être mise de l’avant, selon la CPAT.
« Nous demandons qu’une part significative des redevances versées par les entreprises utilisatrices de l’eau soit affectée à un fonds régional autonome consacré à la recherche, à la protection et à la mise en valeur de nos eaux de surface et souterraines. »
« Une redistribution plus équitable des ressources naturelles permettra de créer un cercle vertueux, a poursuivi la mairesse de Senneterre. Cela permettra de créer des milieux de vie plus attractifs, une meilleure capacité d’accueil et une acceptabilité sociale durable. Une partie de la richesse créée ici doit permettre de bâtir ici! »
Vers un statut particulier pour l’Abitibi-Témiscamingue
Le préfet suppléant de la MRC d’Abitibi et maire de La Corne, Éric Comeau, a pour sa part revendiqué une plus grande autonomie régionale.
« La centralisation ralentit les projets, affaiblit nos directions régionales et limite notre capacité d’adapter l’action gouvernementale à nos besoins, a-t-il déclaré. Nous demandons que l’Abitibi-Témiscamingue bénéficie officiellement d’un statut particulier. »
Pour les préfets, le Conseil du trésor devrait avoir l’obligation de tenir compte de la distance, de la dispersion de la population et de la rareté de la main-d’œuvre lorsqu’il conçoit ses programmes.
« Nous demandons donc la création d’un poste de secrétaire général associé au sous-ministre, dédié exclusivement aux enjeux, aux défis et aux dossiers de l’Abitibi-Témiscamingue », a demandé M. Comeau.
Pour les préfets, cette personne porterait la voix de la région au cœur de l’État, coordonnerait les différents ministères et accélérerait le traitement des dossiers régionaux. La CPAT demande également de renforcer les directions régionales de chaque ministère.
Des services essentiels pour attirer et retenir la population
« Avec l’occupation du territoire, on doit offrir une qualité de vie significative à nos gens, a pour sa part affirmé le préfet de la MRC d’Abitibi-Ouest, Jaclin Bégin. Il faut qu’ils soient bien chez nous pour les accueillir et les garder. Les services de proximité doivent être présents : les soins de santé de proximité, le soutien à notre université, à notre Cégep et à nos écoles… »
Il cite notamment en exemple le projet de faculté de médecine en Abitibi-Témiscamingue, qui devrait, selon lui, recevoir l’aval du gouvernement.
« Plus nous formerons de médecins en région, plus nous pourrons soigner des gens ici », a-t-il déclaré.
Les cinq chambres de commerce de la région ont appuyé les demandes de la Conférence des préfets. « Nos entreprises investissent, innovent et créent des emplois. Elles génèrent une richesse qui profite à l'ensemble du Québec. Il est légitime de s'attendre à ce que notre région dispose des moyens nécessaires pour poursuivre son développement et contribuer encore davantage à la prospérité collective», ont-ils déclaré par voie de communiqué.
En plus des 58 municipalités, 19 organisations ont appuyé la Déclaration de l’Abitibi-Témiscamingue témoignant d’une voix forte et unie face au gouvernement actuel et à venir.
-Avec les informations de Denis Germain