La CSN en Abitibi-Témiscamingue réclame une vraie décentralisation et le retour des redevances naturelles pour permettre de lutter contre la dévitalisation.
À l’approche du scrutin provincial d’octobre 2026, le Conseil central de l’Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec (CCATNQ-CSN) lance un appel fort aux candidats : pour freiner le déclin démographique et la perte de services publics, il est minuit moins une pour redonner aux régions le pouvoir et les moyens financiers de leurs ambitions.
Présentée à Val-d'Or par le président de l'organisation, Félix-Antoine Lafleur, la plateforme politique réunit les attentes de près de 7 000 membres du territoire autour d'un enjeu transversal criant : la dévitalisation des communautés locales.
Le piège de la centralisation montré du doigt
Pour la centrale syndicale, le constat sur le terrain est sans appel. La perte progressive de population entraîne une diminution constante des services de proximité, alimentant un cercle vicieux qui nuit directement à l'attractivité régionale.
« On est dans un cercle vicieux : il y a moins de services, donc on est moins attractifs, il y a moins de population... et à moyen terme, les chiffres nous démontrent qu'il y a un risque qu'on perde de la population. Je pense qu'il n'y a personne qui veut ça pour sa région », avertit Félix-Antoine Lafleur. « Les gens sont fiers d'y habiter et ils veulent un territoire vivant, pas un territoire qui survit. C'est ça la clé.»
Selon la CSN, face à des décideurs situés dans les grands centres urbains, la réalité des territoires régionaux est trop souvent ignorée ou mal comprise par la haute fonction publique.
« C'est impossible pour certains de comprendre c'est quoi notre réalité quand on parle d'une région où il y a 1,5 habitant au kilomètre carré, alors que les décideurs viennent de Montréal où c'est 5 000 habitants au kilomètre carré , a tranché le président du CCATNQ-CSN. Plutôt que d'essayer d'adapter des programmes, donnez-nous les sommes, donnez-nous les tribunes et les instances de concertation nécessaires. On les gérera ici comme elles ont besoin d'être faites, plutôt que d'avoir à l'expliquer à 50 fonctionnaires différents. »
Réinvestir les redevances des ressources naturelles dans la région
Au cœur des demandes figure la création d'une nouvelle instance de concertation régionale autonome. Cette structure, qui regrouperait la société civile ainsi que les organisations syndicales, serait chargée d'administrer un Fonds de développement régional financé directement par la manne des ressources naturelles (mines, forêt, eau).
« Ce sont les citoyennes et les citoyens d'ici qui vivent avec les impacts de l'exploitation de nos ressources naturelles,a rappellé Félix-Antoine Lafleur. « Est-ce qu'on peut au moins s'assurer que les sommes prélevées par le gouvernement soient suffisantes et qu'elles viennent nourrir le développement de notre région? »
Attaquer le navettage à la racine
Outre la décentralisation, la plateforme s'attaque de front au phénomène du navettage (fly-in / fly-out), jugé néfaste pour le tissu social local. Le syndicat propose l'instauration d'un système de « bonus-malus » pour forcer la main aux entreprises.
«On pense à l'implantation d'un système où on viendrait soutenir les entreprises qui prennent des mesures concrètes pour garder et développer la main-d'œuvre sur le terrain , a-t-il expliqué. Cette mesure peut avoir un succès si on la finance avec des pénalités financières prises à même les entreprises qui refusent de procéder différemment et de revoir la question du navettage.»
La plateforme s’intéresse à plusieurs autres enjeux. Parmi ceux-ci, la décentralisation des prises de décision dans le réseau de la santé pour se rapprocher des citoyens, reconnaître l’accès à un logement comme un droit fondamental, une vraie régionalisation de l’immigration avec de seuils régionaux et viser la 2e et 3e transformation dans l’industrie forestières.
Éduquer plutôt que dicter
Interrogé sur la position du syndicat dans la course électorale, Félix-Antoine Lafleur rappelle que les statuts de la CSN interdisent tout partisanerie, mais que l'organisation entend jouer un rôle d'éveilleur auprès des travailleurs.
« Ce n'est pas aux organisations syndicales de dicter quels choix électoraux les citoyens doivent faire », a-t-il conclu. Mais on dit aux gens : prenez notre plateforme, comparez-la avec ce que les partis ont à proposer, et faites vos propres choix. Notre plateforme est solide, elle est appuyée sur la perspective de nos membres. »
La CSN représente plus de 7000 travailleurs en Abitibi-Témiscamingue et au Nord-du-Québec. La plateforme a été conçue selon l’opinion des membres.