L’itinérance et la santé mentale : le milieu communautaire réclame des actions concrètes
Le milieu communautaire d’Amos demande au gouvernement d’agir concrètement sur les enjeux de l’itinérance et de la santé mentale. Il estime notamment prioritaires le projet de logements du Comité de logement Amos-Harricana et la réouverture de l’unité interne de santé mentale à l’hôpital d’Amos.
Par voie de communiqué, le milieu communautaire a tenu à rappeler d’entrée de jeu que les récents événements, dont le meurtre sordide commis dans les ruelles du centre-ville, ne peuvent être réduits à une simple question de sécurité publique ni être systématiquement associés à l’itinérance et aux problèmes de santé mentale.
Des membres de la communauté de Pikogan avaient dénoncé l’inaction gouvernementale face à ces enjeux lors de la vigile tenue à la mémoire de Roddy Cris Ruperthouse, au lendemain de la macabre découverte.
Pour la directrice générale de la Corporation de développement communautaire (CDC), Carole Boucher, les réalités sont plus complexes.
« On ne souhaite pas que des événements comme ça deviennent uniquement des enjeux de sécurité publique, a expliqué Mme Boucher. On parle d’itinérance et de santé mentale, et un événement comme celui-là nous rappelle qu’il y a définitivement urgence d’agir et que nous avons des solutions concrètes à proposer, qui sont toujours d’actualité. »
Pas juste un problème de sécurité publique
Dans son communiqué, le regroupement rappelle que des solutions ont déjà été proposées. Le Comité de logement Amos-Harricana souhaite notamment réaliser un projet d’unités locatives destinées aux personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir.
« Se loger convenablement constitue un point de départ essentiel pour retrouver une stabilité, préserver sa dignité et faciliter l’accès aux services et à l’accompagnement nécessaires, a-t-on affirmé. Dans cet édifice, deux intervenants et un gardien seront présents pour accompagner les gens. »
Jusqu’à maintenant, l’organisme déplore de ne pas avoir obtenu l’écoute gouvernementale nécessaire.
« Nous avons évidemment l’intérêt de soumettre de nouveau ce qu’il y a sur la table dans le secteur de l’Abitibi, a poursuivi Carole Boucher. Le problème qu’on a actuellement, c’est qu’il y a un programme pour la construction, mais on a aussi besoin de plans et devis qui coûtent 150 000 $, ainsi que d’un soutien pour le personnel de sécurité destiné à accompagner les clientèles vulnérables. Or, on nous dit qu’on ne peut pas savoir si on y aura accès avant de déposer notre premier projet. »
Rendre l'avancement des projets plus faciles
Mme Boucher déplore donc le manque de coordination entre les différents programmes et volets, qui nuit à l’avancement du dossier.
« On a trois programmes qui existent, mais les ministères ne se parlent pas », a-t-elle expliqué.
Comme la vie est bien faite, l’ancien maire d’Amos, aujourd’hui député d’Abitibi-Ouest, a justement été nommé ministre délégué à l’Efficacité gouvernementale et à l’Allègement réglementaire. Il s’agit d’une coïncidence qui suscite de l’espoir.
« On fonde beaucoup d’espoir, grâce à ses nouvelles fonctions, qu’on puisse créer un chemin à travers les programmes, a-t-elle affirmé. Quand tu as une ouverture d’un côté et une fermeture de l’autre, le projet demeure irréalisable. »
La réouverture de l’unité de santé mentale réclamée
Après un an et demi, le milieu communautaire déplore que l’unité interne de santé mentale n’ait toujours pas rouvert ses portes, malgré les interventions visant à attirer l’attention sur les conséquences possibles d’une telle rupture de services. Le regroupement espère donc obtenir un échéancier clair pour la reprise des activités.
« L’impact est important pour les personnes qui ont un problème de santé mentale et pour les proches aidants, a rappelé Mme Boucher. Quand on amène des gens à l’urgence et qu’on leur dit qu’ils seront hospitalisés dans une autre ville, il y a plus de chances qu’ils refusent les services. C’est leur droit. S’ils refusent, la situation s’empire jusqu’à ce qu’on en arrive à la judiciarisation. »
Selon les échos que Mme Boucher reçoit du terrain, les cas de judiciarisation seraient plus nombreux depuis la fermeture de l’unité de santé mentale.
Pour la directrice, il faut donc trouver une solution et assurer la prestation des services.
« Nous ne sommes pas un territoire de seconde zone, a-t-elle mentionné. Les gens doivent y avoir accès. C’est un service de proximité qui doit revenir. »
Si le manque de main-d’œuvre a été invoqué pour expliquer la fermeture, Carole Boucher propose notamment de mettre en place des mesures pour rendre ces emplois plus attrayants.
Des sommes supplémentaires pour lutter contre l’itinérance
Concernant les 28 millions de dollars supplémentaires annoncés par le premier ministre et ministre responsable de la Lutte à l’itinérance, Paul St-Pierre Plamondon, Mme Boucher estime qu’il s’agit d’une bonne nouvelle qui permettra d’apporter une aide concrète.
Elle souhaite toutefois que des mesures soient prises rapidement pour s’attaquer au phénomène de l’itinérance. À ses yeux, le logement constitue une solution très concrète pour y parvenir.
Les sommes consacrées à l’aide d’urgence ont notamment permis, l’an dernier, de mettre en place un service de halte chaleur dans le secteur d’Amos et de sa région.