Maïtée Labrecque-Saganash, candidate pour Québec solidaire dans Ungava

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Candidate pour Québec solidaire dans Ungava, Maïtée Labrecque-Saganash veut améliorer la situation des services publics et du logement dans la région. Québec solidaire

Maïtée Labrecque-Saganash brigue l’investiture de Québec solidaire dans Ungava.

Commissaire élue pour Waswanipi (où elle réside) au sein de la Commission scolaire crie, Mme Labrecque-Saganash est agente d’information au Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James. Reconnue comme militante autochtone, elle est chroniqueuse au média autochtone cri Nation.

Maïtée Labrecque-Saganash est la fille de l’ancien député néo-démocrate d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Roméo Saganash. Sa famille maternelle est blanche, mais fortement imprégnée de proximité avec les Premières Nations.

D’autres candidats pourraient poser leur candidature pour Québec solidaire d’ici la date butoir du 18 juin. Cependant, Mme Labrecque-Saganash a l’appui officiel de Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, les figures de proue du parti.

 

Pour tous?

Le communiqué émis le 29 mai par Québec solidaire comporte neuf fois le mot autochtone; il mentionne en caractères gras que « Québec solidaire veut faire élire la première femme autochtone de l’histoire du Québec ».

Si elle est élue, la candidate veut-elle représenter les autochtones d’Ungava ou l’ensemble de la circonscription et toute la population ou juste les Cris?

« D’abord et avant tout, j’ai mon identité crie qui précède celle du concept même de Québec par quelques milliers d’années », répond Maïtée Labrecque-Saganash. « Je travaille au Conseil cri de la santé, j’évolue dans des entités cries depuis un certain moment, j’habite à Waswanipi. »

Néanmoins, elle se veut porteuse des dossiers de l’ensemble de la région.  « Des gens m’ont approchée pour s’impliquer avec moi et ce sont des jeunes de Matagami, de Lebel, de Chibougamau et de Chapais, assure la candidate solidaire. Donc, je pars une campagne tout de même rassembleuse. Les problématiques de services publics dans le Nord sont aussi vécues par les allochtones. […] C’est sûr que je veux représenter ces gens aussi. […] La majorité des gens qui vivent dans Ungava sont des autochtones, mais il y a quand même des municipalités allochtones. »

Mme Labrecque-Saganash se dit fière de l’existence du Gouvernement régional Eeyou Istchee Baie-James, où sont représentés autochtones et non autochtones.

 

Manque de services publics

En entrevue, Mme Labrecque-Saganash met l’accent sur la nécessité de procurer de meilleurs services publics, santé et éducation, à la population d’Ungava.

« J’ai travaillé durant toute la pandémie dans le système de santé, dit-elle. Le manque de personnel est une crise nationale qui frappe surtout dans le Nord. J’aimerais que le gouvernement se penche là-dessus. Même chose pour le manque de personnel dans les écoles. […] Tout le monde est désavantagé là-dessus. »

Elle plaide également en faveur d’une résolution de la crise du logement, de la diversification de l’économie, et de la mise en place de transports en commun.

Selon Mme Labrecque-Saganash, plusieurs jeunes qui ont quitté la région voudraient y revenir, mais pour travailler ailleurs que dans l’industrie forestière et les mines.

« On partage les mêmes aspirations, autochtones comme allochtones, considère la candidate. On veut la protection du territoire, on ne veut pas nécessairement travailler dans l’industrie où nos parents travaillaient. La qualité de vie en région est fantastique […] mais quand il n’y a pas de services publics, c’est dur pour les gens de prendre la décision de revenir. »

Elle souligne par ailleurs que l’accès au logement est une nécessité pour convaincre les jeunes de revenir dans la région après leurs études.

 

La loi 96

La loi 96, Loi sur la langue officielle et commune du Québec, a été décriée par l’Assemblée des Premières Nations; le Grand Conseil des Cris et la Commission scolaire crie ont quant à eux exprimé leurs « préoccupations » face à cette loi et souligné qu’elle semblait aller à l’encontre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.

Or, Québec solidaire a voté en faveur de la loi 96. Comment sa candidate dans Ungava vit-elle ce porte-à-faux face aux institutions cries ?

« Je n’ai pas voté ce projet de loi, explique-t-elle. Je suis en désaccord avec lui. Par contre, Québec solidaire a une proposition pour pérenniser les langues autochtones et les protéger, les officialiser. C’est sûr que, si je suis élue, c’est une proposition que j’essaierai de mener à terme. »

Elle rappelle que Manon Massé a multiplié les contacts avec les communautés autochtones et tenté sans succès de faire amender la loi en compagnie de Ghislain Picard.

« La protection du français, c’est important, mais essayons de respecter les autres langues, demande Mme Labrecque-Saganash. […] Je trouve drôle que personne au Conseil des ministres ne soit capable de me saluer dans ma langue et que ce même gouvernement demande à de nouveaux arrivants de parler français, en six mois. »

Aux élections provinciales de 2018, la candidate inuite de Québec solidaire dans Ungava, Alisha Tukkiapik, était arrivée 4e avec 16,53 %.

En octobre 2022, le parti aura aussi des candidats autochtones dans Roberval et Abitibi-Est.

Texte publié dans le cadre de l’Initiative de journalisme local

Dernière modification le 4 juin 2022 12:00